Dans un contexte où la santé sexuelle et reproductive demeure un tabou socioculturel et religieux, le Centre guinéen de formation et d’éducation pour le développement (CEGUIFED), avec l’appui financier de l’ONU Femmes, à travers le Fonds Muskoka, a lancé une session de formation destinée aux leaders religieux.
Ce lundi 15 décembre 2025, 26 participants composés d’imams et de responsables communautaires venus de plusieurs communes de la capitale ont pris part à la session. L’objectif est de faire de ces acteurs des relais crédibles pour promouvoir des comportements favorables à la santé maternelle, néonatale, infantile, adolescente et à la nutrition au sein des communautés.
Selon la coordonnatrice du projet, Hapou Kofoa Mamy, l’implication des leaders religieux répond à une approche stratégique de proximité communautaire.
« Nous avons entamé cette formation parce que nous sommes convaincus que les leaders religieux jouent un rôle central dans nos communautés. Leurs paroles portent et influencent fortement les comportements. L’objectif est donc de les outiller afin qu’ils puissent transmettre des messages justes et adaptés sur la santé sexuelle et reproductive, un sujet encore largement tabou dans nos sociétés », explique-t-elle.

La coordonnatrice précise que plusieurs thématiques majeures seront abordées au cours de cette rencontre : « Nous travaillons sur plusieurs thématiques notamment la santé de la mère et du nouveau-né, la santé des adolescents, ainsi que sur la lutte contre les violences basées sur le genre. Pendant ces trois jours d’échanges, nous voulons renforcer leurs capacités afin qu’ils deviennent de véritables acteurs du changement dans leurs communautés respectives », ajoute-t-elle.
Dans un pays où l’islam est majoritairement pratiqué, l’implication des leaders religieux constitue, selon elle, un levier essentiel: « Former les leaders religieux sur la santé sexuelle et reproductive maternelle, néonatale et infantile, c’est aussi une manière de déconstruire les tabous, y compris à travers une lecture éclairée de la religion, souvent mal comprise sur ces questions », souligne Hapou Kofoa Mamy.
Parmi les participants figure Oustaz Mory Camara, imam et coordinateur de l’enseignement franco-arabe dans la commune de Matam, salue la pertinence de la formation : « Nous avons démarré cette formation avec beaucoup d’attention, notamment sur la santé de la femme. Lorsqu’une femme est enceinte, l’homme a un rôle fondamental à jouer, c’est de l’accompagner du début de la grossesse jusqu’à l’accouchement, afin de garantir un meilleur suivi médical », affirme-t-il.

Il insiste également sur les enseignements reçus concernant certaines pratiques néfastes: « Nous avons largement échangé sur les violences faites aux femmes, les mariages précoces et les mutilations génitales féminines. Ce sont des pratiques que l’islam condamne fermement. Malheureusement, certains prédicateurs manquent de connaissances sur ces questions et contribuent à entretenir la confusion », déplore-t-il.
À l’issue de cette première journée, l’imam se dit mieux outillé pour jouer son rôle de sensibilisateur dans les communautés : « Après cette formation, notre mission sera de relayer ces messages dans les mosquées, les écoles franco-arabes et partout où existent des institutions islamiques. Il s’agit d’informer, de sensibiliser et d’amener chaque citoyen à prendre conscience de ses responsabilités face à ces enjeux de santé ».
Il faut rappeler que le projet SRMNIA-NUT vise à former, sensibiliser et améliorer durablement les comportements liés à la santé reproductive, maternelle, néonatale, infantile et à la nutrition.
Mis en œuvre par le Centre guinéen de formation et d’éducation pour le développement ( CEGUIFED), le projet intervient dans les 13 communes de Conakry ainsi que dans la commune urbaine de Nzérékoré. À terme, le programme prévoit de former entre 100 et 500 jeunes et 1 000 à 2 000 femmes, afin de renforcer leurs connaissances et leurs capacités à adopter des comportements favorables à la santé familiale et communautaire.

Younoussa Naby Sylla pour guineeminesnature.com










