La Chine ne financera plus les projets de charbon : les conséquences pour l’Afrique

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Dans un discours lu par visioconférence à la 76e session de l’Assemblée générale des Nations unies, le président chinois Xi Jinping a annoncé, mardi 21 septembre, la fin des investissements chinois dans de nouvelles centrales à charbon à l’étranger. Potentiellement bénéfique, dans la lutte pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre, cette décision pourrait tout de même remettre en cause la politique énergétique de plusieurs pays africains en mettant fin à des projets d’exploitation de leurs immenses réserves. Décryptage.

L’empire du Milieu, principal investisseur dans le charbon

L’annonce de Xi Jinping a suscité des réactions enthousiastes de militants pour le climat. Le charbon « relégué au passé » pour Alok Sharma, le président de la COP 26 : « un grand pas en avant » ou « une petite révolution », les phrases fortes n’ont pas manqué pour saluer ce virage.

« L’engagement de la Chine montre que le tuyau d’arrosage du financement public international pour le charbon est en train de s’éteindre. Il représente un tournant historique dans l’abandon du combustible fossile le plus polluant au monde », a même affirmé Helen Mountford, vice-présidente, Climat et économie, du World Resources Institute.

Il faut souligner que cet optimisme tranche avec la sobriété de la sortie du président chinois qui n’a pas fourni de détails sur la manière, ni même le calendrier, que Pékin entend suivre pour l’arrêt de ses financements. Il peut néanmoins se comprendre, en raison du statut de la Chine dans le secteur. Le pays est en effet, depuis plusieurs années, le premier bailleur de fonds des projets de centrales à charbon à travers le monde, notamment dans le cadre du programme des Nouvelles routes de la soie de Xi Jinping.

Le pays est en effet, depuis plusieurs années, le premier bailleur de fonds des projets de centrales à charbon à travers le monde, notamment dans le cadre du programme des Nouvelles routes de la soie de Xi Jinping.

Surtout que, avec la décision similaire prise plus tôt cette année par la Corée du Sud et le Japon, l’empire du Milieu demeurait le seul grand recours pour plusieurs Etats voulant exploiter leurs réserves de charbon.

Un rapport publié en mars dernier par Oil Change International est d’ailleurs assez édifiant sur le sujet. Bien que les appels à la fin de nouveaux projets d’énergies fossiles se multiplient, les grandes banques occidentales, JPMorgan Chase, BNP Paribas, Citi ou encore Bank of America, continuent de financer allègrement des projets d’extraction de pétrole, à travers le Canada et l’Arctique notamment. En revanche, les financements à destination des projets d’extraction de charbon ou de centrales à charbon sont quasi exclusivement le fait des banques chinoises comme Industrial Bank, China Construction Bank, Bank of China et enfin la puissante Banque industrielle et commerciale de Chine.

Notons que cet investissement n’est pas désintéressé puisque Pékin cherche à assurer un approvisionnement sûr pour ce combustible nécessaire à plusieurs de ses industries énergivores. La Chine consomme en effet la moitié de la production mondiale de charbon.

Selon la manière dont la décision de Pékin sera mise en œuvre, elle pourrait ainsi affecter jusqu’à 44 projets de centrales à charbon pour un désinvestissement s’élevant à 50 milliards $, d’après les données de l’américain Global Energy Monitor (GEM).

Quel impact pour les pays africains ?

Les investissements chinois étrangers se concentrent dans deux régions, l’Asie du Sud-est (Indonésie et Vietnam notamment) et l’Afrique. Dans cette dernière région, par exemple, on retrouve l’implication des banques chinoises dans quatre des cinq projets répertoriés par le GEM et dont le financement est déjà bouclé. La prépondérance chinoise est encore plus visible quand on s’intéresse aux projets dont le financement n’a pas encore été bouclé. A ce niveau, en dehors de l’Afrique du Sud, les banques chinoises sont les seules impliquées. Les pays concernés par ces projets sont, entre autres, le Malawi, le Kenya, la Zambie, le Mozambique, le Botswana et le Zimbabwe.

Selon la manière dont la décision de Pékin sera mise en œuvre, elle pourrait ainsi affecter jusqu’à 44 projets de centrales à charbon pour un désinvestissement s’élevant à 50 milliards $, d’après les données de l’américain Global Energy Monitor (GEM).

Si la volonté chinoise d’assurer son approvisionnement régulier en charbon peut expliquer son investissement en Afrique, elle ne suffit pas à justifier pourquoi l’empire du Milieu est devenu pratiquement le seul recours des pays africains. Pour comprendre cela, il faut plutôt examiner les politiques des grandes banques occidentales qui, comme indiqué plus haut, ne financent plus de projets de charbon, contrairement aux investissements qu’elles poursuivent dans d’autres énergies fossiles comme le pétrole et le gaz. En mai 2020, par exemple, la Chine a accepté de financer le projet de 4,2 milliards $ destiné à la construction du gigantesque complexe de production d’électricité au charbon Sengwa au Zimbabwe, avant de se rétracter en juin dernier. Mais c’est une déclaration de l’un des responsables locaux du projet qui illustre bien la dépendance des pays africains vis-à-vis du financement chinois. « Nous sommes très heureux que le projet aille de l’avant, d’autant plus que les grandes banques du monde sont obligées de cesser de financer les centrales électriques au charbon », avouait alors Caleb Dengu, président de RioZim Energy, la société propriétaire du projet.

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