Du 16 au 19 juin 2026, la Plateforme Multi-Acteurs sur la Gouvernance Foncière (PMFA), dont ACORD-Guinée assure le Secrétariat, a organisé une mission d’échange interrégionale à Timbi-Madina, dans la préfecture de Pita, auprès de la Fédération des Paysans du Fouta Djallon (FPFD).

Cette visite de terrain a réuni des acteurs issus des quatre régions naturelles de la Guinée, notamment des représentants d’organisations paysannes, d’organisations de la société civile ainsi que des cadres de concertation régionaux impliqués dans les questions foncières et agricoles.

L’objectif de cette mission était de permettre aux participants de découvrir, analyser et partager les expériences locales innovantes en matière de gouvernance foncière, de sécurisation des droits d’accès à la terre, de gestion durable des ressources naturelles et de prévention des conflits. Les enseignements tirés de cette visite contribueront à enrichir les réflexions autour de l’avant-projet de Politique Foncière Agricole (PFA) de la République de Guinée.

Cette initiative s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre du projet de réforme foncière financé par l’Agence française de développement (AFD), à travers le Comité technique « Foncier et Développement ». Elle vise à renforcer les capacités des acteurs engagés dans le processus de réforme foncière à travers la valorisation d’expériences locales réussies.

Pour Ibrahima Soumaoro, responsable du projet à ACORD-Guinée, cette mission répond à une nécessité de partage d’expériences entre les différents acteurs du secteur. « Nous sommes à Timbi-Madina dans le cadre de cette mission d’échanges. Parmi les participants figurent des organisations paysannes agricoles, des organisations de la société civile ainsi que des représentants des cadres de concertation régionaux. Cette visite nous a permis de mieux comprendre les mécanismes de sécurisation foncière, les stratégies favorisant l’accès des femmes à la terre ainsi que les méthodes de prévention et de gestion des conflits fonciers », a-t-il expliqué.

Selon lui, ces trois thématiques ont constitué les principaux axes de la mission. Il a également rappelé que la Guinée poursuit actuellement le processus d’adoption du document portant sur les orientations foncières agricoles. « Le document a déjà été validé lors d’une rencontre interministérielle et nous attendons désormais son adoption par le Conseil des ministres. Cette visite a été particulièrement enrichissante pour les participants qui ont pu poser des questions, partager leurs expériences et recueillir des informations précieuses sur les mécanismes de gouvernance foncière », a-t-il ajouté.

Le responsable du projet souligne également l’importance de la réplication des bonnes pratiques observées. « L’un des résultats attendus de cette initiative est la diffusion de ces expériences réussies dans d’autres localités du pays afin de renforcer durablement la gouvernance foncière », a-t-il précisé.

Membre de la coordination de la Fédération des Paysans du Fouta-Djalon (FPFD), Amadou Oury Dieng s’est réjoui de la qualité des échanges qui ont marqué cette rencontre. « Cette visite a été une expérience particulièrement enrichissante. Elle nous a permis de rencontrer des acteurs venus de différentes régions du pays, notamment de la Guinée forestière, de la Haute-Guinée et de la Basse-Guinée. Nous avons également échangé avec des représentants de la société civile, des producteurs agricoles et des éleveurs avec lesquels nous avions jusque-là peu de contacts », a-t-il indiqué.

Selon lui, ces journées de partage ont contribué à renforcer la compréhension mutuelle entre les différents acteurs impliqués dans les questions foncières et agricoles.

Les discussions ont notamment porté sur les difficultés d’accès à la terre pour les agriculteurs et sur les expériences développées par la FPFD en matière de gestion foncière. « Nous avons été heureux de partager notre expérience et de contribuer à la diffusion des bonnes pratiques. Cette rencontre nous a également permis de mieux comprendre le processus de réforme foncière en cours en Guinée ainsi que les différentes étapes ayant conduit à l’élaboration du document actuellement en préparation », a-t-il souligné.

Pour lui, les avancées enregistrées dans le cadre de cette réforme constituent une étape importante pour l’amélioration de la gouvernance foncière et la sécurisation des droits des acteurs du monde rural.

De son côté, le sous-préfet de Timbi-Madina, le colonel Ibrahima Sory Diallo, a présenté le dispositif local mis en place pour prévenir et gérer les conflits fonciers. Selon lui, avec l’appui de l’ANAFIC, des commissions locales ont été créées afin de traiter les différents problèmes susceptibles d’affecter la cohésion sociale et la gestion du foncier.

« Ces commissions regroupent les autorités communales, les services de défense et de sécurité, les représentants du secteur agricole ainsi que l’administration sous-préfectorale. Lorsqu’un conflit foncier survient, le dossier est examiné par la commission qui réunit les différentes parties concernées afin de rechercher une solution consensuelle », a-t-il expliqué.

Le sous-préfet précise que la majorité des différends sont réglés à ce niveau grâce aux mécanismes locaux de médiation. « Depuis ma prise de fonction, il est très rare que les dossiers soient transférés devant les tribunaux. Les mécanismes de concertation mis en place permettent généralement d’aboutir à des solutions acceptables pour toutes les parties », a-t-il affirmé.

Abordant la question de l’accès aux terres agricoles, le colonel Diallo a salué l’organisation des producteurs agricoles de la localité. « Timbi occupe aujourd’hui une place importante dans le développement agricole de la Moyenne-Guinée. Depuis mon arrivée, aucun agriculteur ne s’est plaint d’un manque d’accès à la terre. Les terres agricoles appartiennent aux propriétaires coutumiers et les exploitants y accèdent à travers des accords ou des contrats librement conclus. Ce système fonctionne de manière harmonieuse et ne génère pas de difficultés majeures », a-t-il conclu.

À travers cette mission d’échange interrégionale, les participants ont pu découvrir des expériences concrètes de gouvernance foncière locale, renforcer leurs connaissances et identifier des pratiques susceptibles d’être reproduites dans d’autres régions du pays. Une démarche qui s’inscrit pleinement dans les efforts de réforme foncière engagés en Guinée pour promouvoir une gestion plus inclusive, apaisée et durable des ressources foncières.