Quel modèle de développement pour l’Afrique et les pays émergents (BRICS*) ?

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*Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud

Face à l’incapacité de la civilisation occidentale de proposer un modèle de société humain et respectueux, avec une démocratie qui n’en a que le nom mais dont les lois sont de plus en plus dictées aux parlements par les lobbies des multinationales et de la finance dérégulée, l’Afrique et les pays émergents doivent-ils absolument suivre ce modèle ultra-capitaliste arrivé en fin de vie, alors même qu’il a montré son incapacité à gérer les ressources naturelles et le partage équitable des bénéfices ?

Le système capitaliste est à l’origine de :

  • la corruption,
  • le népotisme,
  • l’esclavage, (y compris ses versions modernes légales),
  • la dictature de la publicité et du consumérisme,
  • les inégalités sociales croissantes,
  • les guerres économiques (embargos, soutien au terrorisme, invasions militaires sous de faux prétextes…),
  • la destruction de l’environnement (océans, biodiversité, forêts) et la pollution,
  • le pillage des ressources naturelles (minéraux, énergie, nature, terres),
  • l’asservissement des plus pauvres au service des plus riches,
  • la possession de plus de 90% des richesses mondiales détenue par moins de 1% de la population, (26 individus  détiennent autant que les 3,8 milliards les plus pauvres de la planète)
  • la surveillance de masse des individus (NSA, vidéo-surveillance généralisée, reconnaissance faciale, espionnage des e-mails, des communications téléphoniques, sans aucune décision judiciaire…)
  • la puissance des lobbies militaires et de l’armement,
  • la mainmise des multinationales sur les gouvernements et parlements nationaux pour écrire et faire voter des lois à leur seul profit, tout ça en éludant le paiement de l’impôt. Pourtant ces entreprises n’ont aucune légitimité démocratique et bénéficient des investissements publics pour leur croissance (scolarité, soins de santé, infrastructures routières, (aéro)portuaires, ferroviaires).
  • outre les points précédents, on peut également ajouter le pouvoir absolu des industries pharmaceutiques, de l’armement, du tabac, des médias, de la malbouffe (KFC, Mc-Do, Coca-Cola, Nestlé, Sucre, plats préparés, privatisation de l’eau et des espaces publics).

Le communisme est-il une alternative ? Ce système n’a jamais été réellement expérimenté. Les régimes de Chine, URSS, Corée du Nord n’étaient que des dictatures inégalitaires dirigés par une nomenklatura administrative centralisée, très loin du concept initial du communisme.

Quel intérêt aurait l’Afrique, longtemps dominée, pillée et exploitée (encore de nos jours), à suivre un modèle qui n’a pas marché, sauf au bénéfice de quelques-uns, au lieu d’inventer et proposer à l’humanité un nouveau modèle ? Un modèle en ligne avec ses valeurs humaines et traditionnelles.

Je prône donc un nouveau modèle de civilisation, qui ne serait pas basée sur le pognon, le fric (qui actuellement dirige le monde), mais basé sur la connaissance, la bonté, l’humanité, le respect de l’autre et de l’environnement.  Des valeurs durables en sorte, et qui évitent l’asservissement.

Comme base, je vous invite à (re)lire quelques ouvrages clés :

« L’Afrique noire est mal partie » est un livre de l’agronome René Dumont paru en 1962.

Il y décrit méthodiquement les handicaps du continent africain, les problèmes de corruption, les conséquences de la décolonisation, et son diagnostic s’est révélé le plus souvent pertinent par la suite :

L’ouvrage est organisé en quatre thèmes :

  1. L’afrique inter-tropicale piétine
  2. Elle pourrait cependant se développer rapidement
  3. Pour ce développement, l’Afrique doit repenser son école, ses cadres, ses structures
  4. L’Afrique cliente de l’Europe, ou se développant par elle-même

René Dumont considérait que le développement n’était pas une question d’argent (problème économique), de système social, ni de techniques (engrais, semences), mais plutôt la résultante d’un équilibre entre les trois. Il donnait une place importante à l’intelligence des paysans et à leur capacité d’apprentissage et d’innovation. Il soutenait que les relations entre les hommes et leurs champs reposaient essentiellement sur les relations existantes entre les hommes eux-mêmes, les relations sociales constituant les bases sur lesquelles reposent une agriculture et un développement industriel de qualité. Enfin, il considérait que les piliers soutenant de bonnes relations sociales entre les hommes reposaient sur de bonnes relations entre les hommes et les femmes. Il affirmait ainsi sa croyance en l’importance de l’émancipation des femmes dans le cadre du contrôle démographique.

Dumont a été un des premiers à expliquer les conséquences de ce qui ne s’appelait pas encore la mondialisation : explosion démographique, productivisme, gaspillage, pollution, bidonvilles, fossé des inégalités grandissant entre pays du Sud et pays du Nord (source : Wikipedia).

De Jean Ziegler, je vous conseille « Main basse sur l’Afrique », « la Suisse lave plus blanc » et « Les Nouveaux maîtres du monde et ceux qui leur résistent ». Jean Ziegler est un homme politique, altermondialiste et sociologue suisse. Il a été rapporteur spécial auprès de l’ONU sur la question du droit à l’alimentation dans le monde. (source : Wikipedia)

Vandana Shiva est une écologiste, écrivaine et militante féministe indienne. Elle est l’une des chefs de file des écologistes de terrain et des altermondialistes au niveau mondial, notamment pour la promotion de l’agriculture paysanne traditionnelle et biologique, en opposition à la politique d’expansion des multinationales agro-alimentaires et au génie génétique. Elle lutte contre le brevetage du vivant et la biopiraterie. A lire : « Le terrorisme alimentaire »« La Guerre de l’eau : Privation, pollution et profit », et « 1 % : Reprendre le pouvoir face à la toute-puissance des riches » (source : Wikipedia)

Il est plus que temps de passer de la civilisation de la possession, à la civilisation du savoir, de la sagesse, de l’être, de la bienveillance et de l’humanité. Il en va de notre survie. Il faut revenir aux sagesses traditionnelles ancestrales, au lien avec la nature.

Faut-il, comme le prônent certains cadres africains, accepter le droit à polluer pour se développer, au nom d’une soit disant revanche ? Autant je peux comprendre le raisonnement qui dit « vous vous êtes développé sans vous soucier de l’environnement ni des humains, laissez-nous faire de même », Autant je trouve ce raisonnement égoïste et court-termiste. Lorsqu’un modèle a prouvé qu’il ne fonctionne pas, pourquoi s’entêter à vouloir le reproduire à tout prix, au péril de la survie de ses enfants ? Au nom d’une jalousie mal placée ou d’un esprit revanchard ? Au prétexte que l’occident s’est développé au moyen de l’esclavage, du pillage et des guerres, faut-il que le reste du monde soit aussi stupide et suive la même voie ?

Le monde évolue en permanence. Nous sommes aujourd’hui à un tournant pour l’humanité, les 20 années à venir seront cruciales pour notre survie. Soit nous nous adaptons, en supprimant un système économique mortifère, soit nous nous condamnons à disparaître.

Pourquoi l’Afrique, le seul continent encore à peu près vierge et le moins pollué actuellement (y compris en termes de pollution intellectuelle), pourquoi l’Afrique ne pourrait-elle pas être la source de renouveau d’une nouvelle civilisation humaine pour les 1000 ans à venir ? Moi j’y crois.

L’ennemi du développement durable c’est le capitalisme débridé, le système de la spéculation, du totalitarisme de la finance et des multinationales qui imposent leurs lois aux gouvernements et, par la publicité, formatent les esprits des consommateurs à acheter leurs produits souvent inutiles.

Paul JEANGILLE

Directeur en agro-business (plantations, transformation, agro-industries, développement rural durable, environnement), manager senior et consultant

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