Dans un discours solennel prononcé à la clôture de la quatrième édition du Week-end Africain du Droit Minier et de l’Énergie, ce samedi 2 mai 2026 à Conakry, le ministre du Plan, de la Coopération internationale et du Développement, M. Ismaël Nabé, a salué une initiative devenue une référence continentale, tout en mettant en avant le rôle central du droit comme levier stratégique de souveraineté économique et de transformation durable des ressources africaines.

Nous vous proposons ci-dessous l’intégralité de son discours.

Mesdames et Messieurs les Membres du Gouvernement ;

Mesdames et Messieurs les Représentants des Institutions Républicaines ;

Mesdames et Messieurs les Hauts Cadres de l’Administration Publique ;

Distingués Praticiens du Droit, Avocats, Juristes et Magistrats venus de tous les 4 coins du monde ;

Mesdames et Messieurs les Investisseurs et Experts des secteurs miniers et énergétiques ;

Distingués invités en vos rangs et qualités respectifs, tout protocole observé ;

Mesdames et Messieurs,

Au moment où nous nous apprêtons à refermer les travaux de cette quatrième édition du Week-end Africain du Droit Minier et de l’Energie, permettez-moi d’exprimer, avec gravité et admiration, toute la reconnaissance que mérite une telle initiative.

Cet évènement qui s’est tenu ici, à Conakry, ne relève pas simplement d’un rendez-vous académique ou professionnel. Il s’agit d’un espace de pensée stratégique. Il s’agit d’un lieu de construction collective. Il s’agit, plus profondément encore, d’un acte de souveraineté intellectuelle et juridique africaine.

En seulement quatre années, cette initiative s’est imposée comme une plateforme continentale de référence. Une plateforme où se rencontrent les expériences, où se confrontent les pratiques, où s’élaborent les standards de demain. Car dans le monde qui se dessine — un monde marqué par la recomposition des chaînes de valeur, par la compétition pour les ressources stratégiques et par la redéfinition des équilibres géopolitiques — le droit n’est plus un simple cadre : le droit est devenu un levier de puissance.

Excellence, Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi de le dire avec force : il n’y a pas de souveraineté économique sans souveraineté juridique.

Pendant trop longtemps, le continent africain a abordé la question de ses ressources naturelles dans un environnement marqué par des déséquilibres structurels :

  • Déséquilibres dans les capacités de négociation
  • Déséquilibres dans l’accès à l’expertise
  • Déséquilibres dans la structuration des cadres contractuels

Aujourd’hui, la donne change car l’enjeu n’est plus seulement d’exploiter nos ressources. L’enjeu est de les transformer, de les valoriser et d’en faire des moteurs de prospérité durable. Cette transformation ne pourra se faire sans un droit à la hauteur de nos ambitions. Un droit :

  • Prévisible pour sécuriser l’investissement
  • Robuste pour résister aux pressions
  • Equilibré pour protéger les intérêts nationaux
  • Stratégique pour accompagner les mutations économiques.

Les thématiques que vous avez abordées ici — cartographie géologique, sécurité juridique, fusion et acquisitions, refonte des codes miniers, transformation locale et régionale — sont au cœur même de la bataille économique du XXIe siècle. Car derrière chaque contrat minier, derrière chaque projet énergétique, derrière chaque arbitrage juridique, se joue une part du destin économique de nos nations.

C’est dans ce contexte que la République de Guinée a engagé une transformation profonde de sa trajectoire de développement.

Sous le leadership éclairé de Son Excellence Monsieur Mamadi DOUMBOUYA, Président de la République, Chef de l’État, notre pays a fait un choix clair : celui de passer d’une économie d’extraction à une économie de transformation, celui de substituer à la logique de rente une logique de création de valeur, celui d’inscrire son développement dans une vision structurée, cohérente et de long terme. Cette vision trouve son expression la plus aboutie dans le Programme Simandou 2040.

Simandou 2040 n’est pas un projet minier. C’est une doctrine de transformation nationale. C’est une architecture de développement. C’est une ambition collective.

L’adoption récente de la loi de projet 2026–2040 et de la loi programme 2026–2030 marque, à cet égard, un tournant historique. Elle consacre l’entrée de la Guinée dans une nouvelle ère de planification stratégique. Elle envoie un signal fort de crédibilité et de prévisibilité aux investisseurs. Elle structure notre trajectoire de transformation.

Mais soyons lucides : aucune vision, aussi ambitieuse soit-elle, ne peut se réaliser sans un socle juridique solide.

Les investissements que nous cherchons à attirer – plus de 200 milliards de dollars US – sont complexes, de long terme, et fortement exposés aux risques. Ils exigent de la sécurité juridique, de la clarté réglementaire, de la stabilité institutionnelle.

C’est pourquoi le droit doit être pensé non pas comme une contrainte, mais comme un instrument stratégique de transformation. Et c’est précisément là que vous intervenez. Vous êtes les architectes invisibles de nos économies. Vous êtes les garants de l’équilibre entre intérêts publics et privés. Vous êtes les bâtisseurs des règles qui structureront l’avenir du continent.

Ce que vous avez initié à travers cette quatrième édition du Week-end Africain du Droit Minier et de l’Energie est donc fondamental :

  • Vous contribuez à élever le niveau d’expertise africaine.
  • Vous favorisez la convergence des pratiques.
  • Vous participez à l’émergence d’un droit africain plus affirmé, plus cohérent, plus stratégique.

Face à la complexité croissante des projets miniers et énergétiques, aucun pays ne peut avancer isolément. Aucune expertise ne peut rester fragmentée.

L’avenir appartient à ceux qui sauront mutualiser leurs connaissances, harmoniser leurs cadres juridiques et construire une intelligence collective continentale.

Excellence, Mesdames et Messieurs,

Avant de conclure, il me paraît essentiel de marquer un temps d’arrêt pour saluer celles et ceux sans qui cette réussite n’aurait tout simplement pas été possible.

Je voudrais, en premier lieu, adresser les félicitations les plus chaleureuses de la République de Guinée à l’Institut de Formation et d’Expertise Juridique (IFEJ) de Guinée. En quatre années seulement, vous avez réussi ce que peu d’initiatives parviennent à accomplir : faire émerger une plateforme crédible, influente et respectée à l’échelle continentale.

Par votre vision, votre exigence et votre engagement, vous avez su positionner la Guinée comme un carrefour du dialogue juridique africain dans des secteurs aussi stratégiques que le droit minier et le droit de l’énergie. C’est une contribution majeure — non seulement à la réflexion, mais à la transformation concrète de nos économies.

Je voudrais également saluer, avec une profonde reconnaissance, l’ensemble des participants venus des quatre coins du monde : praticiens du droit, experts, représentants d’institutions, partenaires techniques et financiers.

Votre présence ici à Conakry est loin d’être anodine. Elle traduit :

  • Une confiance dans la capacité de la Guinée à accueillir et à structurer des débats de haut niveau
  • Un intérêt croissant pour les dynamiques africaines dans les secteurs stratégiques
  • Une volonté commune de construire, ensemble, des cadres juridiques à la hauteur des enjeux contemporains.

À chacune et à chacun d’entre vous, je veux dire ceci : vous n’avez pas simplement participé à une conférence, vous avez contribué à une œuvre collective. Une œuvre qui dépasse les frontières. Une œuvre qui dépasse les intérêts individuels.
une œuvre tournée vers l’avenir du continent africain.

En clôturant cette édition, nous ne mettons pas un terme à la réflexion. Nous ouvrons une nouvelle phase. Une phase où l’Afrique devra affirmer davantage sa capacité à définir ses propres règles du jeu. Une phase où nos États devront négocier avec plus de maîtrise, plus de cohérence et plus d’ambition.
Une phase où le droit devra accompagner, sécuriser et accélérer la transformation économique.

Permettez-moi, pour conclure, de partager une conviction forte :

  • l’Afrique ne gagnera pas la bataille de la transformation économique sans gagner celle du droit.
  • Et l’Afrique ne gagnera pas la bataille du droit sans investir dans ses talents, ses institutions et ses cadres juridiques.

À vous, praticiens du droit africain, revient la responsabilité d’écrire les fondations juridiques de notre souveraineté économique.

À nous, décideurs publics, revient le devoir de créer un environnement propice, cohérent et ambitieux pour que ce droit serve pleinement la transformation de nos économies.

C’est ensemble que nous réussirons.

C’est ensemble que nous porterons l’ambition de Simandou 2040. C’est ensemble que nous construirons une Afrique plus forte, plus souveraine et résolument tournée vers la prospérité partagée.

Je vous remercie de votre aimable attention.