La structure du prélèvement fiscal de la Guinée comprend une gamme variée d’impôts et taxes qui peut être classifiée selon la destination budgétaire en deux grandes catégories : les impôts et taxes locaux et les impôts et taxes d’Etat. Les impôts et taxes locaux dont les produits servent à alimenter le budget des collectivités territoriales (communautés rurales de développement, communes, préfectures et gouvernorat de la ville de Conakry) concernent essentiellement la TPU, la patente, la licence, la CFU, la CDL (supprimée par la loi de finances pour 2011), la taxe sur les armes à feu, la TUV (pour 50% : LF 2004), etc.
Quant aux impôts et taxes d’Etat en régime intérieur dont les ressources servent à financer le budget national, comprennent : le BIC, le BNC, le BA, l’IS, l’IMF, la RTS, le VF, la TA, la RSRNS, l’IRCM, la TAF, la TCA, la TVA, et le DET.
La situation des Recettes Fiscales par Rubriques budgétaires
En milliers GNF Taux réalisés
Rubriques
Impôts sur les revenus des Personnes Physiques 2 024 279 592 88,29%
Impôt sur les bénéfices des sociétés et autres entreprises 3 684 713 381 115,40%
Impôts sur les salaires et la main d’œuvre 471 879 833 98,27%
Impôts sur les propriétés immobilières 43 166 604 36,64%
Impôts généraux sur les biens et services 3 805 307 785 89,67%
Surtaxe fiscale 56 687 390 71,86%
Impôts sur les services déterminés 241 705 362 42,97%
Taxes sur l’utilisation ou l’autorisation d’utiliser des biens ou d’exercer des activités 1 482 543 620 71,50%
Taxes sur la Téléphonie 1 318 941 321 84,81%
Autres recettes fiscales 197 372 544 230%
TOTAL 13 326 597 432 90,34%
Pas de Recettes non fiscales dans ce tableau
Au titre de l’exercice 2025, il a été assigné à la Direction Générale des Impôts une prévision annuelle (LFR 2025) de 14 751 Mds GNF, soit 57, 52% du budget annuel de 25 644 Mds GNF de l’Etat. Du 01/01/2025 au 31/12/2025, sur cette prévision annuelle de 14 751 Mds GNF, la Direction Générale des Impôts a mobilisé 13 327 Mds GNF, soit un taux de réalisation de 90,34%. Dans la réalisation globale de la DGI, les Impôts directs ont représenté 38%. Dans cette contribution, l’impôt sur les bénéfices des sociétés et autres entreprises arrive en tête avec 3 684 713 381 GNF, suivi de l’impôt sur les revenus des personnes physiques. Les Impôts indirects quant à eux, ont contribué à hauteur de 8 050 572 830 GNF, soit plus de 60% des recettes globales mobilisées. Dans cette catégorie, les impôts généraux sur les biens et services, notamment la TVA intérieure, ont généré à eux seuls 3 805 307 785 GNF.
En 2025, le montant des RAR de la DGI se chiffre à 7 189 807 756 790 GNF. En fonction de l’ancienneté et des risques d’irrécouvrabilité, ces RAR se classent en 2 catégories :
1)- RAR de 2018 à 2025 pour un montant de 5 891 891 996 881 GNF.
2)- RAR 2008 à 2017 pour un montant de 1 297 915 759 909 GNF.
En dépit des recouvrements effectifs, des efforts de réduction des RAR ont été faits en 2025, à travers des mécanismes de compensation et de dégrèvement pour des montants respectivement de 97 879 958 217 GNF et 415 963 045 616 GNF.
Par ailleurs, les dossiers de 52 entreprises pour une dette fiscale de 2 797 593 896 463 GNF ont été transférés à l’Agent judiciaire de l’Etat pour recouvrement. En termes de dépenses fiscales, les exonérations à la TVA ont représenté en 2025 la quasi-totalité, culminant à plus de 2 600 milliards GNF. Le secteur minier reste le grand bénéficiaire de ces exonérations, avec plus de 1 117 milliards GNF. A l’instar de l’année 2022, aucun remboursement de crédit TVA n’a été effectué en 2025. Il est prévu un début de remboursement de ces crédits dès 2026.
Le Top 10 des meilleurs contributeurs sur le 1er semestre 2025 :
1)-Orange Guinée : 2 107 Mds GNF
2)-SMB : 446 Mds GNF
3)-Orange Finances Mobiles : 236 Mds GNF
4)-Ecobank Guinée : 195 Mds GNF
5)-Société Générale Guinée : 192 Mds GNF
6)-Conakry Terminal : 177 Mds GNF
7)-Société de Gestion Souapiti : 119 Mds GNF
8)-CBG: 113 Mds GNF
9)-SIMFER GUINEE: 96 Mds GNF
10)-SOBRAGUI : 94 Mds GNF
Le Top 10 des meilleurs contributeurs sur le 1er Semestre 2024 représentent 3 775 Mds GNF, soit 52% du montant de la DGE (7 298 Mds GNF). Le Top 50 des meilleurs contributeurs du 1er semestre 2024 représentent 7 171 Mds GNF, soit 98,25% du montant de la DGE (7 298 Mds GNF). Sur un répertoire de 1 000 contribuables environs à la DGE l’essentiel des recettes fiscales est payé par seulement 50 entreprises. L’effort de la gestion de l’assiette doit se renforcer sur les 950 contribuables. Un potentiel non bien exploité par la DGE.
En Conclusion, plus de 500 entreprises (hors Top 50) contribuent très peu aux recettes de la DGE. D’où la nécessité de les envoyer à la DME. Moins de 32% des contribuables ont un DFU renseignés (182 DFU sur 576 contribuables). Situation très préoccupante pour le suivi de la qualité des dossiers. Malgré ces progrès, l’image des performances de mobilisation des recettes de la DGI reste brouillée par diverses contraintes, souvent hors de portée de la DGI, mais dont la résolution est pourtant essentielle pour bâtir un cadre transparent de collecte des impôts en Guinée. Selon l’Institut National de la Statistique de Guinée, la population estime à 15,1 millions (2025), PIB (2024) = 25,6 Mds USD, la croissance (2024) = 6,1%, la pression (2025) = 7% et l’inflation = 8,1% (2024) et 3,5% (2025). Des attentes sont exprimées en termes de « relèvement du niveau de recettes fiscales », sans que pour autant le potentiel fiscal et ses composantes ne soient pas connus. Il n’existe aucune étude sur la « frontière des possibles » en matière de collecte des recettes fiscales en Guinée, l’écart entre ce potentiel et les résultats actuels, la part du gap découlant des options politiques (exemptions, exonérations, autres choix d’assiette, de taux, etc.) ; la portion de l’écart relevant de l’administration douanière et enfin, celle qui incombe à l’administration fiscale. Dans ces conditions, une stratégique sérieuse de collecte des impôts est aléatoire.
Dans le cas spécifique du secteur minier, il est établi que la Guinée connaitra un boom historique dans un proche à venir ; mais peu de données permettent d’anticiper dès à présent, la part des recettes fiscales additionnelles qui seraient impactées par les choix politiques et celles qui relèveraient de la maitrise des risques d’incivisme fiscal. Le FMI a indiqué que le potentiel fiscal découlant du secteur minier est compris entre 550 milliards GNF et 374 milliards GNF. Mais la quote-part de ce potentiel qui devrait être réalisée par la DGI n’est pas connue. Un tel vide est source de confusion sur le plan stratégique.
L’analyse des conséquences fiscales découlant du rebasage du PIB conduit à 11,41% est essentielle pour optimiser la stratégie de mobilisation des recettes. Les travaux de rebasage du PIB ont conduit à un relèvement moyen de la production nationale courante de 57,52%, entrainant de facto une baisse de la pression fiscale antérieure du même ratio. Pourtant, aucune étude ne renseigne sur les stratégies fiscales (politique et administration) permettant d’optimiser le potentiel fiscal découlant des principaux secteurs économiques ayant porté cette embellie de la production nationale. Cette situation exerce un effet négatif sur le système fiscal en général et les efforts de collecte des recettes de la DGI en particulier.
Dr MAMADOU ALIOU BAH, Inspecteur Principal des Impôts










