Un stage de formation destiné aux agents de l’État a démarré lundi à l’École Normale d’Instituteurs (ENI) de Mamou, autour des techniques d’investigation et du suivi judiciaire des infractions liées aux espèces sauvages. Placée sous le thème « Lutte contre le trafic des espèces sauvages : conduite des investigations et procédures judiciaires », cette initiative vise à renforcer les acteurs de la chaîne pénale face à une criminalité environnementale en pleine expansion.

La formation se déroule en deux phases : du 23 au 25 mars 2026 pour les magistrats, soit trois jours, et du 23 mars au 1 avril 2026 pour les conservateurs de la nature, soit onze jours. Elle regroupe une quarantaine de personnes, dont 13 magistrats et 26 conservateurs de la nature issus essentiellement de la Brigade Nationale de lutte contre la criminalité sur la faune et la flore (BNLCFF) ainsi que de l’Office Guinéen des Parcs Nationaux et Réserves de Faune (OGPNRF).

Organisée par la Wild Chimpanzee Foundation (WCF), à travers la Composante Trafic du Projet Natura-Guinée, en collaboration avec la Direction Générale des Conservateurs de la Nature (DGCN), cette formation est réalisée grâce à l’appui financier de l’Union Européenne via le Projet Natura-Guinée mais aussi de la fondation Rain Forest Trust.

L’objectif principal de cette formation est d’accroître la capacité nationale dans le traitement des infractions liées à la criminalité forestière et la criminalité liée aux espèces sauvages. Il s’agit de renforcer les connaissances et le savoir-faire des acteurs de la chaine pénale, d’approfondir la compréhension de cette criminalité, de favoriser une meilleure collaboration entre les services et enfin d’adopter les meilleures pratiques internationales pour renforcer l’intervention de la justice pénale face à cette criminalité, en espérant que les décisions de justice prononcées à l’avenir seront plus adaptées, dissuasives et permettront de répondre à la menace.

De manière spécifique, la formation vise à renforcer les capacités de magistrats nouvellement affectés dans les zones prioritaires du projet, notamment le Parc National Penselli-Soyah-Sabouyah (PSS) en création et la réserve de biosphère de Badiar tout en outillant les conservateurs de la nature pour mener des investigations rigoureuses et maîtriser les procédures judiciaires. Les thématiques sont variées : la conduite des investigations sous-couvertures, le fonctionnement des réseaux criminels, l’analyse des chaînes d’approvisionnement illégales, les modes opératoires et techniques de dissimulation de la contrebande, les opérations d’arrestations, les techniques d’audition et de rédaction des PV, la législation sur la faune et les forêts, les procédures pénales.

Selon Charlotte Houpline, Cheffe de la composante Trafic du Projet Natura-Guinée, cette initiative s’inscrit dans une dynamique de renforcement des capacités des enquêteurs de la cellule des investigations et des Officiers de Police Judiciaire de la cellule des affaires juridique de la Brigade Nationale (BNLCFF), ainsi que certains agents de l’OGPNRF, s’est-elle exprimé.

Le Projet Natura-Guinée, financé par l’Union européenne et mis en œuvre par la WCF, s’articule autour de trois piliers : la conservation de la biodiversité, le développement d’une économie verte et le renforcement de la gouvernance territoriale.

Poursuivant, elle dira que la Composante Trafic appuie les services de l’État dans l’application effective de la loi et le renforcement des capacités pour lutter contre le trafic des espèces sauvages et le trafic de bois.

Pour Mamadou Dian Bora Diallo, deuxième Avocat Général près la Cour Suprême et ancien point focal chargé de la lutte contre cette criminalité auprès du Ministère de la Justice et des Droits de l’Homme, cette formation répond à une recrudescence inquiétante du trafic dans plusieurs régions du pays, notamment dans les zones frontalières.

« Il est essentiel d’harmoniser les méthodes de travail entre les acteurs. Les officiers de police judiciaire doivent produire des procès-verbaux solides et conformes aux règles de droit, tandis que les magistrats doivent appliquer une politique pénale cohérente, afin que des infractions similaires soient sanctionnées de manière équitable sur tout le territoire », explique-t-il.

Il insiste également sur la nécessité de renforcer les compétences en matière d’enquête, notamment en ce qui concerne l’infiltration des réseaux criminels, la collecte de preuves et le respect des droits des personnes poursuivies.

De son côté, le colonel Pierre Kabinè Kamano, Directeur Général des conservateurs de la nature, met en avant l’importance de la motivation et de la synergie entre les différentes institutions impliquées.

« Tous les acteurs – justice, environnement, forces de sécurité et même les médias – doivent travailler ensemble pour protéger nos ressources naturelles. Il est crucial d’harmoniser les pratiques, de clarifier les rôles et de renforcer les capacités opérationnelles de chacun », affirme-t-il.

Il souligne également les risques liés à l’inaction face à la criminalité environnementale, notamment la destruction des forêts, la disparition de la faune et les conséquences sur le climat.

Au-delà de l’aspect judiciaire, cette formation s’inscrit dans un contexte de pression croissante sur les ressources naturelles en Guinée. La déforestation, la perte de biodiversité et le changement climatique constituent des défis majeurs pour le pays.

Face à ces enjeux, les autorités et leurs partenaires entendent intensifier les efforts pour démanteler les réseaux criminels et renforcer la réponse pénale.

Cette formation apparaît comme une étape importante dans la consolidation d’une réponse nationale coordonnée pour faire face à un phénomène complexe et en constante évolution.

Il faut rappeler qu’il s’agit d’un crime organisé transnational (INTERPOL, Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime). Les groupes criminels impliqués s’appuient sur des réponses faibles de la justice pénale, sur la corruption et sur l’application de la loi déconnectée à l’échelle mondiale pour faire progresser leurs crimes. Selon la Banque Mondiale, le trafic d’espèces sauvages génère à lui seul entre 15 et 20 milliards de dollars de profits criminels illicites par an, alors que le trafic de bois génère 100 à 150 milliards de dollars par an. La criminalité environnementale est classée au quatrième rang des activités criminelles les plus lucratives au monde et l’Organisation des Nations unies (ONU) estime que la valeur annuelle de ces crimes devrait augmenter de 5 à 7 % chaque année, à mesure que les groupes criminels étendent la portée et l’ampleur de leurs activités.

De Mamou, Abdoulaye Diallo, pour Guineeminesnature.com