L’humanité a célébré ce mardi 14 juillet 2026, la Journée mondiale du chimpanzé. A cette occasion, la Wild Chimpanzee Foundation (WCF) a réaffirmé son engagement en faveur de la protection de cette espèce emblématique, classée en danger critique d’extinction. Au Jardin botanique de Camayenne, à Conakry, le Directeur pays de l’organisation, Pacifique Kizila, est revenu sur plus d’une décennie d’actions menées en Guinée pour la conservation des chimpanzés. Il a mis en avant les résultats obtenus grâce au soutien des autorités guinéennes et des partenaires techniques et financiers, notamment l’Union européenne.
Pour lui, cette journée internationale est avant tout un moment de reconnaissance des efforts consentis depuis plusieurs années pour préserver les chimpanzés.
« C’est une journée de reconnaissance pour une longue lutte en faveur de cette espèce qui, comme vous le savez, est aujourd’hui classée en danger critique d’extinction selon l’UICN. Cette journée vient commémorer les efforts que nous déployons dans les quatre pays africains où nous intervenons, et particulièrement en Guinée, où la population de chimpanzés demeure encore importante », souligne-t-il.
Le directeur pays de la WCF rappelle que les premières grandes actions de l’organisation en Guinée remontent aux inventaires nationaux de la faune réalisés entre 2011 et 2012. Ces travaux ont constitué un tournant dans la connaissance de la répartition des chimpanzés en Guinée et ont servi de base scientifique à plusieurs initiatives de conservation qui se poursuivent encore aujourd’hui.
« Ces études nous ont permis d’identifier les principales zones de présence des chimpanzés, notamment dans le massif du Fouta Djallon. À partir de ces résultats, nous avons travaillé de 2014 à 2023 pour accompagner la création du Parc national du Moyen-Bafing, dont le chimpanzé constitue l’espèce emblématique. Nous avons ensuite étendu nos interventions vers la région de Mamou, à la frontière avec la Sierra Leone, ainsi qu’au Parc national du Badiar, à la frontière avec le Sénégal, où vivent également d’importantes populations de chimpanzés », explique-t-il.

Au-delà des études scientifiques, le Directeur pays insiste sur la dimension sociale des interventions de la WCF. Pour lui, la conservation de la biodiversité ne peut produire des résultats durables sans l’adhésion des populations locales, directement concernées par la gestion des ressources naturelles. L’amélioration des conditions de vie des communautés constitue ainsi un levier essentiel pour réduire les pressions exercées sur les habitats des chimpanzés.
« La conservation ne se limite pas aux inventaires. Nous avons accompagné plus de 20 000 femmes et hommes vivant autour des zones protégées afin d’améliorer leurs revenus. Lorsque les communautés constatent que la protection de la biodiversité améliore également leurs conditions de vie, elles deviennent les premières gardiennes de leur environnement. »
Selon lui, la protection des chimpanzés dépasse largement la sauvegarde d’une espèce animale. Elle participe également à la préservation des écosystèmes forestiers, au maintien de la biodiversité et au développement durable des territoires où vivent les communautés riveraines.
« Aujourd’hui, la littérature scientifique démontre que le chimpanzé possède les génotypes les plus proches de ceux de l’être humain. Cette espèce a encore énormément de choses à nous apprendre sur le plan comportemental et social. En la protégeant, nous protégeons également les écosystèmes et nous créons des opportunités de développement pour les communautés locales. »
Le responsable de la WCF cite notamment le Parc national du Moyen-Bafing, qui abrite aujourd’hui environ 5 000 chimpanzés, comme l’un des principaux acquis des efforts de conservation.
Il évoque également les avancées enregistrées au Parc national du Badiar, où un nouveau plan d’aménagement et de gestion a récemment été adopté. Selon lui, cette nouvelle étape permettra de consolider les actions de surveillance, de gestion participative et de renforcement des capacités des acteurs impliqués dans la conservation.
« Grâce au soutien continu de l’Union européenne, plusieurs actions sont déjà en cours. Nous organisons des patrouilles de surveillance avec les conservateurs de l’Office guinéen des parcs et réserves de faune. Récemment, 70 conservateurs ont bénéficié d’une formation sous-régionale au Sénégal afin de renforcer leurs capacités opérationnelles. Nous mettons également en place un mécanisme de gestion des plaintes, indispensable dans des espaces où cohabitent les populations, les chimpanzés et les autres espèces sauvages. Nous travaillons étroitement avec le ministère de l’Environnement et du Développement durable, le ministère de la Décentralisation ainsi que les services techniques régionaux afin de renforcer les capacités de l’État et des communautés. »

À l’occasion de cette Journée mondiale du chimpanzé, Pacifique Kizila lance un appel à tous les Guinéens. Il invite chacun à considérer la protection des chimpanzés comme une responsabilité collective, impliquant aussi bien les pouvoirs publics que les communautés locales, les partenaires et les citoyens.
« Les chimpanzés sont nos cousins. Nous avons la responsabilité et l’obligation de les protéger et de les conserver, car nous avons encore beaucoup à apprendre d’eux. Une longue histoire de cohabitation existe entre l’être humain et le chimpanzé, notamment dans le massif du Fouta Djallon, où nous travaillons depuis plusieurs années avec les communautés. »
En marge de cette célébration, la WCF a également présenté les progrès réalisés dans le cadre de la réhabilitation du Jardin botanique de Camayenne.
Saliham Traoré, chef de composante chargé de l’aménagement de ce Jardin, a présenté les importantes réalisations enregistrées dans un espace historique, appelé à devenir un véritable pôle de sensibilisation environnementale, d’éducation et d’écotourisme.
« Le Jardin botanique de Camayenne a été créé en 1897 à la demande de l’administration coloniale. Aujourd’hui, il est géré par le ministère de l’Environnement et du Développement durable à travers la Direction nationale des forêts et faunes. Le projet que nous mettons en œuvre est financé par l’Union européenne et exécuté par la WCF en collaboration avec cette direction nationale. »

Avant tout aménagement, une étude approfondie du site a été réalisée afin d’établir un diagnostic complet de son état, d’identifier ses contraintes et de définir les investissements prioritaires nécessaires à sa réhabilitation.
« Nous avons commencé par un diagnostic complet afin d’identifier les forces, les faiblesses, les contraintes et les besoins du jardin. Cette étude nous a permis de définir les priorités d’intervention pour faire de ce site un véritable espace vert répondant aux standards internationaux. »
Depuis le lancement des travaux, plusieurs infrastructures ont été réalisées pour améliorer l’accueil des visiteurs, renforcer la sécurité des lieux et valoriser ce patrimoine naturel au cœur de la capitale guinéenne.
« Nous avons construit un bâtiment principal comprenant deux bureaux et une salle de lecture, une latrine moderne à deux cabines, une grille d’accueil pour les visiteurs, installé 72 lampadaires le long des allées, 30 bancs publics ainsi que plusieurs panneaux de sensibilisation sur la protection de l’environnement et la gestion des déchets. Les allées ont également été entièrement nettoyées et réhabilitées. Une partie importante des clôtures a été sécurisée, même si nous recherchons encore des financements pour achever la sécurisation des deux derniers côtés du jardin. »
Au-delà de son intérêt écologique, le Jardin botanique représente aussi un potentiel économique important. Selon les responsables du projet, sa valorisation devrait contribuer à renforcer l’attractivité touristique de Conakry, tout en générant des ressources destinées à assurer son entretien et son développement à long terme.

« Ce jardin permettra de montrer que la Guinée accorde une place importante à la protection de son environnement. Il possède un véritable microclimat, avec des arbres centenaires qui offrent un cadre exceptionnel. Les recettes issues des tickets d’entrée permettront à l’État, à travers la Direction nationale des forêts et faunes, d’assurer son entretien et de poursuivre son développement. Les espaces verts, comme celui de Camayenne, peuvent naturellement générer des revenus. »
Autrefois étendu sur 13 hectares, le Jardin botanique de Camayenne n’occupe plus aujourd’hui qu’environ 7 hectares, conséquence directe de l’urbanisation.
« Les documents historiques indiquent qu’à peine trois ans après sa création, le jardin comptait plus de 225 espèces d’arbres. Nous n’avons pas encore réalisé l’inventaire floristique actuel, mais cette étape figure parmi nos prochaines priorités. »
Saliham Traoré a aussi salué l’engagement des différents partenaires, tout en exprimant le souhait de voir cette dynamique se poursuivre afin de finaliser les travaux de réhabilitation et d’assurer une gestion durable de ce patrimoine environnemental.
« Je remercie le ministère de l’Environnement et du Développement durable, qui a permis la mobilisation de ce financement, ainsi que la WCF, qui n’a ménagé aucun effort pour atteindre les résultats visibles aujourd’hui. Je tiens également à saluer l’engagement de la Direction nationale des forêts et faunes, à travers son directeur national, M. Cissé. »

Au-delà des discours et des réalisations présentées, cette Journée mondiale du chimpanzé rappelle que la survie de cette espèce dépend de la mobilisation de tous. Entre conservation de la biodiversité, implication des communautés et valorisation d’espaces naturels comme le Jardin botanique de Camayenne, la WCF entend renforcer son rôle dans la protection de l’un des patrimoines fauniques les plus précieux de la Guinée. Un engagement qui compte se poursuivre dans la durée pour garantir un avenir aux chimpanzés et aux écosystèmes dont ils dépendent.
Sylla Youn, pour Guineeminesnature.com










