Pour qui connaît les réalités sociopolitiques de la Guinée d’actuelle, le Gouvernement Guinéen, les réactions des autorités à la crise de liquidité, ne devrait pas surprendre.
Pourtant la notion de monnaie est au cœur de l’économie et, intuitivement, tout le monde a le sentiment de savoir à quoi elle renvoie. Mais, définir précisément cette notion est difficile. A tel point que, plutôt que de dire ce qu’elle est, les économistes se contentent généralement d’indiquer ce à quoi elle sert.
La monnaie se définit non pas au regard de ses caractéristiques propres mais de sa fonction : constitue ainsi de la monnaie « tout actif qui peut être facilement utilisé pour acheter des biens ou des services ». Mais revenons à la situation économique de la Guinée ; la crise de liquidité de la monnaie Guinéenne.
La BCRG (Banque Centrale de la République de Guinée) a été créé en 1961 et des banques spécialisées. Elle est rattachée à la présidence et dirige par un vice-gouverneur. La BCRG a deux (2) fonctions principales : une fonction monétaire et une fonction de crédit.
En effet, rappelons que le 28 septembre 1963, date anniversaire du Non de la Guinée au référendum gaulliste, la République de la Guinée a adhéré aux institutions de Bretton-woods, le Fonds Monétaire International (FMI) et Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement (BIRD), communément appelée Banque Mondiale.
L’adhésion au FMI requiert de la part des Etats le versement d’une quote-part ou quota versé pour ¼ en or ou en dollars, et pour ¾ en monnaie nationale. Toutefois les pays en voie de développement comme la Guinée étaient admis à adhérer au FMI sous le régime exceptionnel de l’article XIV qui les autorise à maintenir certains contrôles et restrictions de change. Le quota de la Guinée avait été fixé à 15 millions de dollars dont 2 800 000 furent réglés en or, le reste à payer en francs-Guinéen. Le quota de la Guinée à la Banque Mondiale était fixé à 20 000 000 de dollars dont 200 000 dollars payés immédiatement. Pour éviter la sortie de l’or (métal fétiche), la Guinée doit accepter cette perfusion les uns après les autres, suspendre la convertibilité en or de leur monnaie, instaurer le contrôle des changes et procéder à des dévaluations.
Pour corriger le déséquilibre des paiements extérieurs et créer des conditions favorables au développement de l’économie. Pour le rétablissement de l’équilibre des paiements extérieurs, passe nécessairement par un changement de taux de change et précisément par une dévaluation dans le cas spécifique de la Guinée.
« La dévaluation est la diminution du cours officiel d’une monnaie. Elle peut être subie ou décidée pour améliorer la situation économique. C’est aussi un instrument de politique économique, car elle renchérit les importations et augmente la compétitivité à l’exportation, ce qui peut améliorer, à court terme, la balance commerciale sans avoir besoin d’améliorer la productivité. À long terme et sans l’appui de politiques en faveur de la compétitivité, ses effets tendent à s’estomper ».
La dévaluation de la monnaie Guinéenne permettrait de relancer les exportations, d’avoir une balance commerciale positive, de ramener le taux de change du Francs-Guinéen à un niveau convenable qui ferait reculer la contrebande des produits Guinéens d’exportations aux frontières des pays voisins. Cette politique de ponction monétaire, permettrait d’augmenter l’offre de marchandises, de réduire la hausse des prix et d’améliorer le taux de change du francs-Guinéen.
S’agissant de l’impact du changement de parité c’est-à-dire de la dévaluation sur les exportations, les autorités Guinéennes peuvent observer que les exportations Guinéennes pour l’essentiel porteront sur les produits miniers dont le volume et les prix sont fixés dans le cadre de contrats économiques à long terme et non sujets aux fluctuations de prix sur le marché international. Il faut signaler également que les exportations de produits agricoles doivent s’effectuer pour 50% dans le cadre des accords bilatéraux de commerce.
Les autorités Guinéennes doivent également exprimer leurs positions au sujet de l’impact positif de la dévaluation sur le pouvoir d’achat des travailleurs qui verront leurs salaires réels augmenter du fait de la hausse des prix en résultant.
Avant de terminer ces pages, il serait bon de tenter de répondre à la question suivante : faut- il dévaluer le francs-Guinéen ? La réponse est mitigée dans tous les cas. En économie, il n’y a pas de modèle infaillible et tout dogmatisme est à écarter. Toute reforme économique profonde devant toucher toutes les structures de l’économie nationale doit être bien mûrie, menée progressivement et s’adapter aux réalités socio-économico-culturelles du pays. Et toute politique économique digne de ce nom, doit avoir pour finalité la stabilité du pouvoir d’achat, la réduction du chômage et l’accroissement du revenu par tête d’habitant.
Malgré la volonté politique affichée, plusieurs obstacles structurels et humains freinent la pleine mise en œuvre des réformes de gouvernance financière. La BCRG dispose le statut d’institut d’Emission de la monnaie Guinéenne qui lui confère le privilège de l’émission sur toute l’étendue du territoire national et l’engage à veiller au maintien de la stabilité interne et externe de l’unité monétaire nationale. Par sa fonction de crédit, la BCRG joue le rôle de Banque des banques en venant en aide aux banques commerciales et à l’Etat et en contrôlant la distribution du crédit.
C’est l’obstacle le plus sournois. Même avec les meilleurs logiciels (digitalisation), si les cadres n’ont pas la compétence technique pour les utiliser ou la volonté éthique de les respecter, les réformes resteront cosmétiques. Le déficit de formation en audit public, en finance quantitative et en gestion de programmes est criant. Ces groupes opposent une résistance passive ou active (sabotage, désinformation, pression politique) aux changements. Le risque principal est que toutes ces réformes soient personnalisées autour des leaders de la Transition.
L’institutionnalisation est le passage de la volonté personnelle à la règle impersonnelle. Les progrès sont fragiles et leur succès futur dépend de la capacité du régime à surmonter les obstacles humains et culturels. Le grand enjeu est de passer de la chasse aux corrompus (approche répressive) à la construction d’un système qui rend la corruption difficile (approche préventive et systémique).
L’un des plus grands experts en gouvernance, Robert Klitgaard, a formulé une équation célèbre qui résume mon propos : Corruption = Monopole + Discrétion − Redevabilité. Le défi de la Guinée est de s’assurer que toutes les variables de cette équation convergent vers zéro.
Dr MAMADOU ALIOU BAH, Inspecteur Principal des Impôts










