Par Lukas Fiala

Alors que les grandes puissances se chamaillent pour sortir de l’impasse dans laquelle se trouvent les négociations sur la dette et que la “ thèse d’une fuite de laboratoire  » est remise sur le tapis pour expliquer les origines du COVID-19, il semble que nous soyons une fois de plus loin d’une solution constructive à certains des problèmes les plus urgents du monde.

En ces temps d’impasse, il est donc d’autant plus remarquable d’entendre le président français Emmanuel Macron appeler à une « nouvelle ère » dans l’engagement de la France en Afrique. S’exprimant au palais présidentiel en début de semaine, M. Macron a présenté sa vision de la construction d’un nouveau partenariat économique et sécuritaire avec les parties prenantes du continent avant d’entamer un voyage dans plusieurs pays : le Gabon, l’Angola, la RDC et le Congo Brazzaville.

Mais l’inertie institutionnelle et le conservatisme de la politique étrangère et des cercles culturels ont ralenti les progrès significatifs. Il convient de se rappeler le discours franchement embarrassant de Nicolas Sarkozy à l’université de Dakar en 2007, dans lequel l’ancien président banalisait le colonialisme et les effets de ses institutions extractives sur le développement de l’Afrique, pour comprendre l’environnement idéologique dans lequel la politique africaine de la France a été formulée. De même, le retour d’objets culturels en Afrique a été une préoccupation périodique de nombreux dirigeants français et n’est en réalité rien de plus qu’un geste symbolique visant à dissimuler les hiérarchies structurelles de la relation.

Le gouvernement de M. Macron n’a pas toujours été d’un grand secours non plus. Les ministres qui ont participé aux manifestations pro-police à la suite du meurtre de George Floyd aux États-Unis ont peut-être séduit les électeurs français conservateurs pendant la campagne de réélection de Macron. Mais le manque de sincérité n’est pas perdu pour le public africain et a, dans une certaine mesure, érodé la crédibilité du président lorsqu’il s’agit de rétablir les relations avec l’Afrique.

En outre, au cours des dernières années, la France a été confrontée à une pression croissante des gouvernements des pays du Sahel sur sa présence militaire dans la région. Alors que l’opération française Barkhane touchait à sa fin l’année dernière, la résurgence continue de l’extrémisme islamique au Mali et dans l’ensemble de la sous-région, dans un contexte de fragilité des États, est emblématique de l’échec des efforts internationaux pour lutter efficacement contre le terrorisme.

Il existe bien sûr d’autres facteurs importants que les interventions militaires externes qui ont renforcé les groupes extrémistes. Qu’il s’agisse des répercussions à plus long terme de l’effondrement de la Libye et des flux d’armes qui en ont résulté dans le Sahel ou de la méfiance profonde à l’égard des gouvernements et des militaires locaux, eux-mêmes souvent accusés de répression, la situation actuelle est le produit d’une multitude de dynamiques différentes qui produisent une crise complexe amplifiée par des préoccupations climatiques et environnementales omniprésentes. Le fait que le Mali se soit tourné vers la Russie après le coup d’État de 2021 et le déploiement consécutif de mercenaires du Groupe Wagner pour remplacer la force dure française n’a fait qu’abaisser encore plus le seuil d’utilisation de la violence aveugle.

Mais l’approche sécuritaire de l’instabilité régionale que les acteurs internationaux ont soutenue a clairement rencontré des limites – et celles-ci doivent être reconnues. À l’avenir, il sera donc intéressant de voir comment la France va réimaginer sa relation avec l’Afrique. La « nouvelle ère » proposée par Macron est censée faire évoluer l’engagement militaire lourd de la France vers une empreinte plus légère centrée sur les relations et le renforcement des capacités. Dans cette  » nouvelle relation équilibrée « , selon le discours, la présence sécuritaire de la France sera déployée dans une  » approche basée sur le partenariat « . 

En pratique, cela signifie apparemment que les installations militaires françaises sur le continent seront « co-administrées » par le personnel local, le nombre de soldats français stationnés diminuant. Selon les mots de Macron : « Demain, notre présence (militaire) passera par des bases, des écoles, des académies, qui seront gérées conjointement » par la France et ses homologues africains.

Ce changement est remarquable à deux égards. Premièrement, la tendance à mettre l’accent sur le renforcement des capacités en tant que clé d’une réforme durable du secteur de la sécurité fait écho aux approches de la Chine en matière de diplomatie militaire et de défense. Comme l’écrit Lina Benabdallah dans son dernier ouvrage sur le sujet, la Chine a utilisé le renforcement des capacités et l’échange de connaissances pour promouvoir des objectifs diplomatiques tout en faisant de la Chine le partenaire de choix des gouvernements et des armées régionales. Les efforts de renforcement des capacités de la Chine comprennent non seulement la diplomatie militaire formelle, mais aussi les opérations de lutte contre la piraterie, l’assistance médicale et l’invitation d’officiers africains à participer à des forums sur la sécurité et la défense en Chine.

Si les liens de la Chine avec les armées africaines sont parfois exagérés et restent en retrait par rapport à l’engagement équivalent des États-Unis dans certains domaines, la sécurité n’est qu’une partie de l’engagement diplomatique plus large de Pékin envers le continent. En effet, être et établir des relations est depuis longtemps une marque de fabrique de la diplomatie chinoise. L’engagement de M. Macron à favoriser de véritables « partenariats » fait écho à la tentative de Pékin de présenter ces activités comme des règles du jeu équitables et bénéfiques pour toutes les parties concernées, même si ce n’est évidemment pas toujours le cas.

La position future de la France sur le continent dans le contexte de la guerre de la Russie et de l’émergence de la Chine de zéro-COVID sont donc certainement dans l’esprit de Macron. L’engagement économique croissant de Pékin sur le continent et les dividendes diplomatiques qu’il a générés ont certainement élargi l’espace politique des gouvernements africains en leur présentant des partenaires alternatifs à l’Occident. Lorsque l’ONU a voté récemment pour exiger le retrait de la Russie d’Ukraine, trois des quatre pays que Macron visite au cours de son voyage – le Gabon, l’Angola et le Congo Brazzaville – se sont abstenus aux côtés de la Chine et de l’Inde.

Si la tournée africaine de Macron peut être un signe de progrès, il reste à voir si la nouvelle stratégie de la France permettra de tourner la page. Étant donné la préférence habituelle pour les débats que les actions concrètes dans cette semaine de politique internationale, je ne mettrai pas ma main feu jusque convaincu du contraire.

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