Conakry, le 20 août 2026 – Il est des coopérations internationales que le temps ne fragilise pas. Il en est d’autres que les épreuves renforcent. La relation entre la République de Guinée et la République socialiste du Vietnam appartient à cette seconde catégorie.

Nées dans le contexte des luttes pour la souveraineté, de l’émancipation des peuples et de la solidarité entre nations du Sud, les relations entre Conakry et Hanoï portent une mémoire politique exceptionnelle. Aujourd’hui, une nouvelle génération de dirigeants est appelée à transformer cet héritage historique en un partenariat économique, technologique et humain à la hauteur des ambitions des deux nations.

C’est tout le sens de la visite de travail de S.E.M Ismael NABE, Ministre du Plan, de la Coopération internationale et du Développement au Vietnam, marquée par une rencontre fructueuse avec son homologue vietnamien, S.E.M. Ngo Van Tuan, et surtout par la signature d’un Protocole d’accord stratégique entre les deux pays.

 

Une amitié historique qui entre dans une nouvelle ère

Pendant des décennies, la Guinée et le Vietnam ont partagé une même aspiration : celle de construire un État souverain, maître de son destin et capable de transformer ses ressources et son capital humain au service du progrès.

Cette histoire commune constitue aujourd’hui un formidable capital de coopération internationale. Mais l’enjeu est désormais d’aller plus loin. « Hier, la Guinée et le Vietnam se sont retrouvés dans les combats pour la souveraineté et la dignité des peuples. Aujourd’hui, nous avons une responsabilité historique nouvelle : transformer cette amitié forgée dans l’épreuve en un partenariat de prospérité, de connaissance et de transformation économique. » a déclaré S.E.M Ismael NABE.

La Guinée dispose de ressources naturelles exceptionnelles, d’un potentiel agricole considérable, d’une jeunesse nombreuse et d’une position stratégique en Afrique de l’Ouest. Le Vietnam, de son côté, offre l’expérience remarquable d’un pays qui, en quelques décennies, a transformé profondément son économie, développé ses capacités industrielles, renforcé son agriculture et construit une insertion dynamique dans les chaînes de valeur mondiales. La rencontre de ces deux trajectoires ouvre un champ immense de coopération bilatérale tous azimuts.

Simandou 2040 et Vietnam 2045 : deux visions, une même ambition

Au cœur des échanges figure une convergence particulièrement prometteuse : celle entre Simandou 2040, programme national de transformation socio-économique durable et responsable de la Guinée, et Vietnam 2045, vision de développement à long terme portée par le Vietnam. Les deux visions placent au centre de leur ambition la transformation structurelle de l’économie, le développement du capital humain, l’industrialisation, la modernisation des infrastructures, l’innovation, l’agriculture productive et la création d’emplois. Cette convergence n’est pas seulement intellectuelle. Elle peut devenir opérationnelle.

« Simandou 2040 et Vietnam 2045 ne sont pas deux visions qui se regardent à distance ; ce sont deux trajectoires de transformation qui peuvent apprendre l’une de l’autre. La Guinée veut apprendre de l’expérience vietnamienne, l’adapter à ses réalités et construire avec le Vietnam des chaînes de valeur, des compétences et des emplois qui profiteront durablement à nos peuples. » a précisé le Ministre NABE.

Le Vietnam a ainsi manifesté son plein soutien aux cinq piliers de Simandou 2040, ouvrant la voie à une coopération renforcée dans la planification stratégique, le suivi et l’évaluation des politiques publiques, les statistiques, l’énergie, l’industrialisation, l’éducation, l’eau, la lutte contre le changement climatique et le développement agricole.

De la coopération institutionnelle à la transformation économique

Le nouveau protocole d’accord donne une architecture à cette ambition. Il permettra notamment de renforcer les échanges d’expertise et de connaissances entre les administrations guinéennes et vietnamiennes, d’améliorer les capacités nationales de planification et de suivi-évaluation et de moderniser le système statistique guinéen. Mais la coopération ne s’arrêtera pas aux institutions. Le Vietnam est disposé à dépêcher en Guinée une délégation d’entreprises afin d’explorer concrètement les opportunités d’investissement dans plusieurs secteurs stratégiques : extraction et transformation de la bauxite et du minerai de fer, télécommunications, infrastructures et agriculture. L’objectif est clair : transformer les complémentarités économiques en investissements, en emplois, en transfert de technologies et en création de valeur locale.

La Guinée, porte d’entrée de l’Afrique de l’Ouest le Vietnam, porte d’entrée de l’ASEAN

L’une des perspectives les plus stratégiques évoquées est celle d’un partenariat  à double porte. Le Vietnam entend jouer le rôle de porte d’entrée de la Guinée vers les marchés de l’ASEAN, un espace économique de près de 700 millions de consommateurs. En retour, la Guinée devient pour les entreprises vietnamiennes la porte d’entrée vers le marché ouest-africain de plus de 400 millions de consommateurs, en s’appuyant sur sa position géographique, ses infrastructures en développement, ses ressources naturelles et les perspectives offertes par la transformation économique engagée dans le cadre de Simandou 2040.

Il s’agit donc de dépasser la logique classique de coopération bilatérale pour construire un véritable pont économique entre deux regions, fondé sur l’investissement, la création de valeur et le partage des connaissances.

L’expérience vietnamienne au service de la transformation agricole guinéenne

L’agriculture constitue également un terrain privilégié de cette nouvelle coopération. Le Vietnam est prêt à partager son expérience et à mobiliser son expertise au profit de la Guinée, notamment dans les filières du riz, du café, du poivre, de la noix de cajou, ainsi que dans les domaines de la production, de la transformation, de la conservation, de la commercialisation et de l’organisation des chaînes de valeur agricoles.

Pour la Guinée, cette coopération revêt une importance particulière. Elle rejoint directement l’ambition de Simandou 2040 de faire de l’agriculture et de l’agro-industrie des moteurs de souveraineté alimentaire, d’industrialisation et de création massive d’emplois. L’enjeu n’est donc pas simplement de produire davantage. Il est de produire mieux, transformer davantage sur place, connecter les producteurs aux marchés et faire émerger de véritables champions agro-industriels guinéens.

La Guinée et le Vietnam ont aujourd’hui l’occasion de transformer une amitié née dans les combats pour la souveraineté en une alliance nouvelle, tournée vers la connaissance, l’industrialisation, l’innovation et la prospérité.

Hier, nos deux peuples se tenaient côte à côte pour défendre leur liberté.

Aujourd’hui, ils peuvent se tenir côte à côte pour construire leur prospérité.

C’est peut-être là le véritable sens de cette nouvelle page des relations Guinée–Vietnam : faire de l’histoire commune non pas un souvenir, mais un capital pour bâtir l’avenir.

Et cet avenir porte désormais un nom : Simandou 2040 — Vietnam 2045.

Un avenir où la coopération Sud-Sud ne se mesure plus seulement en accords signés, mais en usines construites, en terres mises en valeur, en jeunes formés, en technologies transférées, en emplois créés et en vies transformées.