Dans une entreprise familiale, la confiance, la délégation des responsabilités et la capacité des équipes à faire remonter les difficultés constituent des enjeux majeurs de gouvernance. C’est autour de cette question qu’Abdoul Karim Diallo, Directeur général du groupe SONOCO, a livré une réflexion sur sa page LinkedIn.
Dans son message, le dirigeant met en garde contre un risque qui peut progressivement s’installer au sommet d’une organisation : celui de voir les collaborateurs hésiter à contredire leur dirigeant ou à lui faire part des problèmes rencontrés sur le terrain.
Pour lui, la croissance d’une entreprise rend encore plus nécessaire la mise en place d’un environnement où l’information circule sans filtre et où les mauvaises nouvelles peuvent être signalées rapidement.
« Dans une entreprise familiale, comme dans toute entreprise dirigée par son fondateur, il existe un risque dont on parle peu : qu’avec le temps, personne n’ose plus dire la vérité au dirigeant. Ces derniers jours, j’ai beaucoup parlé de délégation, de confiance et de responsabilité. Mais avec le temps, j’ai compris qu’une bonne gouvernance repose aussi sur quelque chose de plus simple : la vérité doit pouvoir remonter jusqu’au sommet. »
Abdoul Karim Diallo estime que cette question devient particulièrement importante à mesure qu’une entreprise grandit. L’éloignement progressif du dirigeant du terrain peut, selon lui, favoriser une déformation de l’information au fil des différents niveaux hiérarchiques.
« Chez SONOCO, plus le Groupe grandit, plus ce sujet devient important. Quand une entreprise prend de la taille, le dirigeant s’éloigne naturellement du terrain. Les équipes veulent rassurer. Les managers veulent montrer que tout est sous contrôle. Un problème est parfois minimisé à un niveau, reformulé au suivant, puis, lorsqu’il arrive au sommet, la réalité a changé. Dans une entreprise familiale, ce risque peut être encore plus important. Lorsque le dirigeant est aussi membre de la famille propriétaire, certains collaborateurs peuvent hésiter davantage à le contredire. Et c’est dangereux. Un dirigeant qui ne connaît pas la réalité ne peut pas prendre les bonnes décisions. »
Face à cette situation, le Directeur général du groupe SONOCO explique avoir développé une préférence pour la remontée rapide des problèmes, même lorsque leurs solutions ne sont pas encore clairement identifiées.
« J’ai donc appris à préférer entendre rapidement : “Nous avons un problème”, même lorsque la solution n’est pas encore trouvée. Car une erreur signalée rapidement peut être corrigée. Une erreur cachée peut devenir une crise. »
Mais cette culture de la transparence, poursuit-il, dépend aussi du comportement des dirigeants. Une organisation ne peut pas exiger de ses collaborateurs qu’ils disent la vérité si ceux-ci craignent les réactions de leur hiérarchie lorsqu’ils annoncent une mauvaise nouvelle.
« J’ai aussi compris que la responsabilité nous appartient, à nous dirigeants. Si chaque mauvaise nouvelle provoque de la colère, les équipes finiront par ne remonter que les bonnes. Si chaque contradiction est perçue comme un manque de loyauté, nous finirons entourés de personnes qui acquiescent. Et si reconnaître une erreur devient dangereux, les erreurs finiront par être cachées. Cela ne signifie pas accepter la médiocrité ou supprimer l’exigence. Au contraire. Il faut pouvoir distinguer celui qui reconnaît rapidement un problème et agit pour le corriger de celui qui le cache ou refuse d’en assumer la responsabilité. »
À travers cette réflexion, Abdoul Karim Diallo invite ainsi les dirigeants, particulièrement ceux qui évoluent dans des entreprises familiales, à repenser leur rapport à la contradiction et à l’information interne. Pour lui, l’autorité ne doit pas empêcher la circulation des informations susceptibles d’éclairer la prise de décision.
« J’en retiens une leçon importante pour les entreprises familiales, mais aussi pour tout entrepreneur : ne construisez pas une organisation qui cherche à vous rassurer. Construisez une organisation capable de vous alerter. Le nom de famille ne doit jamais empêcher la contradiction. Le statut de fondateur ne doit jamais rendre le dirigeant intouchable. Et le pouvoir ne doit jamais nous éloigner de la vérité. »
Le directeur général de SONOCO interpelle directement les responsables d’entreprises sur leur capacité à créer un climat de confiance permettant aux collaborateurs de s’exprimer librement.
« Pour commencer cette semaine, posez-vous une question : quand quelqu’un entre dans votre bureau pour vous dire “Je ne suis pas d’accord” ou “Nous avons un problème”, a-t-il peur de votre réaction ou confiance dans votre capacité à l’écouter ? Parfois, la qualité de notre gouvernance commence simplement par la qualité des vérités que nos équipes osent nous dire. Excellent début de semaine à toutes et à tous. »
En conclusion, il faut comprendre qu’au-delà du cas particulier de SONOCO, cette réflexion pose ainsi la question de la gouvernance dans les entreprises en croissance : comment maintenir la proximité avec le terrain, favoriser la remontée des alertes et préserver un espace où la contradiction peut contribuer à améliorer les décisions ?
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