À Conakry, les sachets plastiques sont devenus incontournables dans les habitudes quotidiennes. Utilisés pour les achats, le transport des aliments ou l’emballage de différents produits, ils sont souvent abandonnés après quelques minutes d’utilisation. Dans les rues, les caniveaux et les dépotoirs, leur présence contribue à l’insalubrité et à la dégradation du cadre de vie. Mais une fois jetés, que deviennent réellement ces sachets ?

Dans les marchés comme dans les quartiers et le long des axes routiers, les emballages plastiques sont omniprésents. Après avoir servi à transporter ou à conditionner un produit, nombre d’entre eux terminent directement sur la voie publique ou dans les caniveaux.

Loin de disparaître, ces déchets peuvent être emportés par les eaux de pluie et s’accumuler dans les systèmes d’évacuation. Leur présence peut alors favoriser l’obstruction des caniveaux, la stagnation des eaux et l’insalubrité. D’autres sachets sont brûlés à ciel ouvert, participant ainsi à la pollution de l’air.

Pour Abdramane Diakité, ingénieur et juriste en environnement, également consultant sur les questions environnementales, climatiques et de développement durable, cette problématique trouve notamment son origine dans le comportement adopté après l’utilisation du sachet.

« Le sachet plastique est généralement utilisé pendant quelques minutes, mais lorsqu’il est jeté dans la nature, il devient un déchet difficile à gérer. Son accumulation contribue à la dégradation du cadre de vie et peut également empêcher la bonne circulation des eaux dans les caniveaux », explique-t-il.

Cette analyse met en lumière un paradoxe : alors que le sachet ne sert souvent que pendant un court moment, son abandon peut créer des difficultés bien plus importantes en matière de gestion des déchets et de protection de l’environnement.

Dans les quartiers, cette réalité est visible au quotidien. Certains habitants reconnaissent que les comportements individuels, notamment le fait de jeter les déchets dans les espaces publics, participent à l’aggravation du problème.

Sidiki Aboubacar Kourouma, citoyen à Sanoyah.

Rencontré dans son quartier à Sanoyah, Sidiki Aboubacar Kourouma estime que les consommateurs ont également une part de responsabilité.

« Après avoir utilisé un sachet, certaines personnes le jettent directement dans la rue. Il faut que chacun comprenne que ce petit geste peut avoir des conséquences importantes sur notre environnement », témoigne-t-il.

Malgré les différentes campagnes de sensibilisation consacrées à la propreté et à la gestion des déchets, le phénomène du dépôt anarchique des sachets plastiques demeure fréquent.

Pour Cécé Jean Kourouma, un autre citoyen interrogé, les difficultés s’expliquent aussi par l’insuffisance des équipements destinés à recevoir les déchets.

« Nous voulons garder nos quartiers propres, mais il faut aussi disposer de poubelles et d’un système régulier de ramassage. Quand les déchets s’accumulent devant les maisons, certaines personnes finissent par les jeter dans les caniveaux », explique-t-il.

Ces témoignages montrent que la question des déchets plastiques ne peut être attribuée à un seul acteur. Les comportements des citoyens constituent un facteur important, mais l’existence d’un dispositif efficace de collecte et d’évacuation demeure tout aussi essentielle.

Cécé Jean Kourouma, citoyen

La gestion des déchets suppose donc une implication conjointe des populations, des collectivités, des entreprises chargées de la collecte et des structures spécialisées dans le recyclage.

Face à cette situation, certains acteurs ont choisi de faire de la récupération des déchets plastiques une activité quotidienne. Des ramasseurs parcourent ainsi les quartiers à la recherche de sachets, de bouteilles et d’autres matières susceptibles d’être récupérées.

Un ramasseur rencontré pendant sa tournée, qui a préféré garder l’anonymat, explique que cette activité répond à la fois à une nécessité économique et à une préoccupation liée à la propreté.

« Je ramasse les plastiques parce que cela me permet de gagner un peu d’argent et aussi de contribuer à la propreté du quartier. Je récupère les sachets et les bouteilles que les gens jettent, puis je les trie avant de les vendre. »

Pour lui, la récupération des matières plastiques constitue une activité génératrice de revenus pour plusieurs jeunes. « Nous sommes payés en fonction de la quantité de plastique que nous récupérons. Plus nous ramassons, plus nous pouvons gagner. Le prix dépend aussi du type de plastique et de la quantité », précise-t-il.

Cette activité s’inscrit parfois dans un circuit plus organisé. Certains ramasseurs travaillent avec de petites et moyennes entreprises spécialisées dans la collecte, le tri et la valorisation des déchets.

Le même ramasseur explique ainsi collaborer avec une structure créée par des jeunes de Kansoyah : « Je travaille avec une petite entreprise de collecte des déchets plastiques que nous, les jeunes de Kansoyah, avons initiée. Nous lui apportons les matières que nous avons récupérées. L’entreprise trie ensuite les déchets et les revend ou les transmet à des structures qui peuvent les recycler. »

Si la récupération permet de retirer une partie des déchets plastiques de l’environnement, elle ne suffit toutefois pas à régler l’ensemble du problème. Pour une gestion plus efficace, une meilleure organisation de la collecte, du tri et du recyclage apparaît nécessaire.

Pour Abdramane Diakité, les solutions doivent d’abord passer par une évolution des comportements. « Il faut agir à plusieurs niveaux. Il faut d’abord réduire l’abandon des sachets dans la nature, ensuite améliorer la collecte et encourager le tri et la récupération. Il faut également développer les mécanismes de recyclage et surtout sensibiliser les populations sur les conséquences de leurs comportements », préconise-t-il.

L’environnementaliste estime également que les consommateurs doivent prendre conscience de ce qui advient du déchet une fois le produit utilisé.

« Le consommateur doit savoir que le déchet qu’il produit doit être correctement orienté. Il ne suffit pas de se débarrasser du sachet ; il faut penser à ce qu’il va devenir après son utilisation », poursuit-il.

La gestion d’un sachet plastique s’inscrit ainsi dans une chaîne qui commence par son utilisation et se poursuit avec sa collecte, son tri, sa récupération et, lorsque les conditions le permettent, son recyclage.

Pour l’environnementaliste, aucune solution durable ne pourra être mise en place sans la participation de l’ensemble des acteurs concernés. Citoyens, entreprises et autorités ont chacun une responsabilité dans la réduction de la pollution liée aux déchets plastiques.

« La protection de l’environnement est une responsabilité collective. Les citoyens doivent adopter de bonnes pratiques, les entreprises doivent participer à la gestion des déchets et les autorités doivent renforcer les dispositifs de collecte et de valorisation », souligne Abdramane Diakité.

M. Diakité insiste toutefois sur la nécessité de structurer davantage cette filière. « La récupération et le recyclage peuvent contribuer à réduire la quantité de déchets qui se retrouvent dans l’environnement. Mais pour que cela fonctionne réellement, il faut organiser la filière, accompagner les personnes qui travaillent dans la récupération et sensibiliser les citoyens au tri des déchets. »

Le problème des sachets plastiques dépasse donc largement la simple question de leur présence dans les rues. Il renvoie aux habitudes de consommation, aux dispositifs de collecte, au travail des récupérateurs, au rôle des entreprises et à l’action des pouvoirs publics.

Une meilleure organisation de cette chaîne pourrait permettre de transformer une partie des déchets abandonnés dans l’environnement en matières pouvant être valorisées. Mais plusieurs obstacles persistent, notamment le manque de moyens matériels, l’insuffisance des équipements de protection destinés aux récupérateurs et la faiblesse des revenus tirés de cette activité.

Dans ce contexte, le tri à la source constitue une étape importante. Séparés des autres déchets, les sachets plastiques récupérés peuvent être plus facilement orientés vers les filières de traitement et de valorisation.

À Conakry, la question reste donc posée : après avoir utilisé un sachet plastique pendant quelques minutes, sommes-nous prêts à mesurer les conséquences que son abandon peut laisser sur notre environnement bien plus longtemps ?

Elvis Kpoghomou, pour Guineeminesnature.com