Un atelier national de plaidoyer pour la prise en compte des préoccupations des femmes et des filles face aux impacts cumulés du changement climatique et de l’exploitation minière s’est tenu ce mercredi 29 avril 2026 à Conakry. La rencontre a été organisée par le Réseau national des organisations féministes sur le foncier en Guinée (RENOFF), dans le cadre du Projet d’appui à l’atténuation de la vulnérabilité des femmes de la préfecture de Forécariah.

Pendant six jours, une étude de terrain a mobilisé des enquêteurs pour la collecte de données dans les localités de Maférinyah, Kaback et Kakossa, avec l’appui technique et financier de WoMin Alliance Trust, en partenariat avec l’AFD et le CCFD-Terre Solidaire. Cette étude a permis de réaliser cinq focus groupes, trente entretiens individuels et de toucher 168 personnes, dont 151 femmes, soit 90 % des participants.

Au cours de la cérémonie, les acteurs ont procédé à la présentation des principaux résultats de cette étude, mettant en lumière les vulnérabilités identifiées, les impacts observés ainsi que les stratégies de résilience développées par les femmes. L’objectif était également de sensibiliser les décideurs publics, les partenaires et les entreprises minières aux enjeux liés au genre dans ce contexte.

Dans son allocution, la Coordinatrice nationale du réseau, Mme Laouratou Sadjo Barry, a souligné : « L’objectif de cet atelier est de mener un plaidoyer à l’endroit des décideurs étatiques, mais aussi des ONG. Nous avons réalisé une étude dans trois localités de Forécariah, dont les résultats ont permis de formuler plusieurs recommandations. Il nous a semblé essentiel de partager ce rapport avec les partenaires et les autorités afin de porter à leur connaissance les réalités du terrain. »

Laouratou Sadjo Barry, Coordinatrice du Réseau national des organisations féministes sur le foncier en Guinée (RENOFF)

Elle a insisté sur la nécessité d’une action collective : « Aucun acteur ne peut, à lui seul, répondre à l’ensemble des défis identifiés. Nous appelons à une synergie d’actions. En tant que réseau, nous faisons face à des limites financières, d’où la nécessité de mobiliser des partenaires capables d’accompagner les communautés. Au sortir de cet atelier, nous attendons des engagements concrets. Chaque acteur doit s’approprier une partie des recommandations et développer des actions sur le terrain, notamment dans les domaines de l’eau et de l’agriculture. »

De son côté, Abdoul Wahab Bangoura, chef de la cellule statistique au ministère de la Femme, de la Famille et des Solidarités, a mis en lumière la gravité de la situation : « Le principal constat est le niveau avancé de dégradation de l’écosystème, notamment des terres agricoles. Malgré les efforts de l’État, il reste encore beaucoup à faire. Les femmes constituent une force essentielle pour le développement économique et social. Il est impératif de renforcer leur accompagnement à travers les dispositifs existants. Le ministère dispose de mécanismes d’appui en matière de financement, de commercialisation et d’activités génératrices de revenus. Les femmes doivent s’organiser en groupements pour y accéder. Nous restons ouverts à toute collaboration avec les ONG, y compris le RENOFF. »

Abdoul Wahab Bangoura, chef de la cellule statistique BSD au ministère de la Femme, de la Famille et des Solidarités.

Représentant les communautés bénéficiaires, Abass Touré a témoigné des réalités locales en insistant sur la situation des femmes : « Les effets du changement climatique sont déjà visibles dans nos localités : assèchement des cours d’eau, inondations et baisse des rendements agricoles. Les activités minières aggravent la situation avec des dépôts de boue dans les zones de culture et des nuisances importantes. Avec la raréfaction de l’eau, certaines femmes parcourent jusqu’à 7 à 8 kilomètres pour s’approvisionner, ce qui alourdit considérablement leur charge quotidienne. »

Abass Touré, Représentant des communautés bénéficiaires.

Présente à l’atelier, Maïmouna Camara, présidente d’un groupement de femmes d’Allassoyah, a lancé un appel aux autorités en formulant des demandes concrètes : « Nous sommes très contentes de participer à cet atelier. Cela nous a permis de partager les difficultés que nous vivons à cause des activités minières et du changement climatique. Aujourd’hui, nos sources d’eau sont taries et nos champs sont détruits par la boue. Nous demandons aux autorités de nous aider à obtenir des forages pour l’eau potable, mais aussi à aménager nos terres afin que nous puissions continuer nos activités agricoles. »

Maïmouna Camara, présidente d’un groupement de femmes d’Allassoyah (Forécariah).

Il convient de souligner que les résultats de l’étude réalisée par le RENOFF dans ces trois localités de la préfecture de Forécariah révèlent des effets préoccupants du changement climatique, notamment : la forte chaleur, la raréfaction de l’eau, l’irrégularité des pluies, les inondations et l’intrusion saline, le décalage des saisons agricoles, les vents violents, ainsi que la dégradation des terres agricoles, dont plusieurs zones sont devenues incultivables. À cela s’ajoutent la perte des bas-fonds rizicoles et la disparition de nombreuses espèces de poissons.

Les activités minières, quant à elles, engendrent plusieurs impacts, notamment la dégradation et l’occupation des terres agricoles, les dépôts de poussières rouges sur les cultures, la présence de boues dans les champs et les zones de pêche, les nuisances sonores liées aux engins, ainsi que la diminution du niveau d’eau et des ressources halieutiques.

Dans ces localités, les femmes sont particulièrement touchées en raison de l’augmentation de leur charge domestique et agricole. À travers cet atelier, le RENOFF et ses partenaires entendent ainsi impulser une dynamique nationale en faveur d’une meilleure intégration des préoccupations des femmes dans les politiques climatiques et minières, avec des actions concrètes adaptées aux réalités du terrain.

Younoussa Sylla, pour guineeminesnature.com