Pour la première fois, la Guinée a abrité, du 21 au 23 octobre 2025, la troisième édition du Dialogue africain sur la santé et les droits sexuels et reproductifs (DASAF).
Organisée par le Centre ODAS, cette rencontre régionale s’est tenue autour du thème : « Unifier nos voix et s’engager pour des choix reproductifs en Afrique francophone. »
L’objectif : renforcer le mouvement en faveur des droits sexuels et reproductifs, réduire les décès maternels liés aux grossesses non intentionnelles, et encourager une approche intersectionnelle et inclusive de la santé reproductive.
Près de 300 participants venus de 31 pays de l’Afrique francophone ont pris part à ces trois jours d’échanges et de partage d’expériences. Ensemble, ils ont débattu des questions liées à la mortalité maternelle et néonatale, aux grossesses non intentionnelles, à l’accès aux services de santé reproductive, ainsi qu’aux droits reproductifs des femmes et des filles.
Les organisateurs rappellent que la mortalité maternelle demeure l’une des violations les plus graves des droits humains et de l’autonomie corporelle féminine sur le continent.
La cérémonie d’ouverture a été présidée par la ministre de la Promotion féminine, de l’Enfance et des Personnes vulnérables, en présence du ministre des Affaires étrangères, Dr Morissanda Kouyaté, et des représentants d’institutions partenaires.
« Nos choix reproductifs sont des droits fondamentaux » — Kadiatou Sow
Dans son allocution, la directrice générale du Centre ODAS, Kadiatou Sow, a rappelé l’urgence d’agir contre les avortements non sécurisés en Afrique subsaharienne :
« En 2019, 15,4 millions d’avortements ont été pratiqués dans la région, dont 77 % dans des conditions non sécurisées. Plus de 1,7 million de femmes sont hospitalisées chaque année pour des complications, et environ 16 000 meurent des suites d’un avortement à risque. »
Pour Mme Sow, ces chiffres traduisent une « urgence silencieuse mais dramatique ». Elle a réaffirmé l’engagement du Centre ODAS à accompagner les pays francophones dans la ratification et la domestication du Protocole de Maputo, un texte clé pour la protection des droits reproductifs.
« Conakry 2025 n’est pas un simple rendez-vous, c’est un carrefour d’engagements. Les choix reproductifs des femmes et des filles sont un impératif, un droit fondamental. Nos choix s’exercent, se garantissent et se protègent. »
Prenant la parole, le professeur Telly Sy, gynécologue et président de la Société guinéenne de Gynécologie-Obstétrique, a insisté sur la nécessité d’un dialogue franc et inclusif sur la santé reproductive en Afrique francophone.
« Nous ne parlons pas d’une abstraction, mais de vies : celles des femmes et des filles confrontées à des choix difficiles, souvent dans la solitude et la peur. Les droits en santé reproductive sont universels et leur respect peut sauver des milliers de vies. »
S’appuyant sur des données alarmantes de l’OMS, il a rappelé que 4,2 millions d’avortements provoqués ont lieu chaque année en Afrique, dont 75 % sont à risque, entraînant près de 300 000 décès.
Une étude menée à Conakry en 2020 a également montré que 30,8 % des lycéennes ayant connu une grossesse avaient eu recours à un avortement clandestin.
Le professeur Telly Sy a plaidé pour :
▪︎ une information claire et sans jugement pour les femmes et les filles ;
▪︎des services de santé sécurisés et accessibles partout, y compris en zone rurale ;
▪︎la réforme des lois qui criminalisent les femmes et les professionnels de santé ;
▪︎une mobilisation intergénérationnelle et intersectorielle.
« Chaque jour d’inaction coûte des vies. Ce dialogue doit se traduire en actions concrètes », a-t-il martelé.
Au nom du gouvernement, la ministre Charlotte Daffé a salué la tenue de cette rencontre en Guinée et réaffirmé la volonté des autorités d’assurer la protection des droits et de la santé des femmes.
« Le choix porté sur la Guinée montre que les réformes sociales engagées depuis le 5 septembre 2021 résonnent au-delà de nos frontières. Aucun développement durable n’est possible sans la pleine participation des femmes », a-t-elle déclaré.
Elle a rappelé plusieurs réformes majeures déjà entrentreprises
▪︎la Politique nationale du genre ;
▪︎la Stratégie nationale de lutte contre les violences basées sur le genre ;
▪︎la criminalisation des mutilations génitales féminines ;
▪︎la Politique nationale de santé reproductive, maternelle, néonatale et infantile.
Tout en saluant les avancées, la ministre a reconnu que des défis persistent, notamment la mortalité maternelle, les grossesses précoces et les mariages d’enfants.
« Le gouvernement soutient toute initiative visant à garantir un accès équitable à des soins de santé sûrs et fondés sur les droits humains. Toutefois, cet engagement doit tenir compte de nos réalités culturelles et familiales. »
Elle a rappelé que, selon le Protocole de Maputo, déjà domestiqué en Guinée, l’avortement médicalisé n’est autorisé que dans les cas de viol, d’inceste ou lorsque la vie ou la santé de la mère ou du fœtus est menacée.
En conclusion, elle a lancé un appel à la responsabilité partagée : « Ensemble, renforçons les actions communautaires, éducatives et sanitaires pour sauver des vies et réduire les inégalités. »
Le DASAF-2025 s’est ainsi imposé comme une plateforme panafricaine de plaidoyer, de réflexion et d’engagement collectif autour des droits reproductifs.
Cette édition de Conakry a rappelé une évidence : la santé et les droits des femmes ne sont pas une option, mais une condition essentielle du développement durable.
La Rédaction










