C’est une référence qui éclaire et conditionne toute notre vie. Tout le monde parle du pouvoir d’achat, c’est la préoccupation majeure des Guinéens, il faut reconnaître qu’il en a pris un sacré coup. Nous sommes à plus de 8,1 % d’inflation et les moyens d’existence n’ont pas augmentés autre que des misères pour les populations. Comment peut-on laisser les Guinéens dans cette situation ?

En Guinée, la conjoncture économique depuis Mars 2024 a été marquée par une décélération de l’activité économique, une hausse des prix des produits de première nécessité, une reprise des tensions désinflationnistes et une perturbation dans la distribution de l’électricité, aggravée par les mouvements de revendication des politico-politiciennes. C’est pour beaucoup de catégories de personnes un drame. Le passage à la crise n’explique pas tout. Les augmentations du coup de l’énergie et des matières premières atténuées par la crise mondiale nous préservant pour au moins 50 % sur leur coût d’achat n’expliquent pas non plus cette augmentation, il y a donc des abus.

« La perception du pouvoir d’achat devrait donc être faite par tranches de populations représentant une plage de revenus sachant que le coût d’un bifteck ou de la baguette de pain est le même pour le riche ou le pauvre de même que celui du transport ou de l’essence, etc…. » disait un haut cadre Guinéen de ministère de l’économie et des finances. Selon les économistes de l’impôt, le pouvoir d’achat du salaire est la quantité de biens et de services que l’on peut acheter pour une unité de salaire. Son évolution est liée à celle des prix et des salaires. C’est parfaitement exact, mais il devrait être évalué pour chacun d’entre nous et non pas globalement pour tous. Pour comprendre cette dernière phrase, il convient de définir ce qu’est l’inflation. Le taux d’inflation est l’accroissement, relatif sur une période donnée, de l’indice des prix à la consommation IPC. De même que la croissance des revenus bruts RDB (revenu disponible brut) s’exprime par l’augmentation relative des revenus. Si, sur une période donnée le prix de ce que l’on appelle le panier, c’est à dire ce que représente en moyenne ce qu’achètent les Guinéens et passé de 50 000 fg à 100 000 fg, « l’inflation sur cette période est de 8,1 % ». De même, si sur la même période la base du revenu disponible brut est passée de 500 000 GF à 100 000 GF, « la croissance du revenu est de 4,5 % ». Si la croissance du revenu brut est plus élevée que la désinflation, la différence en termes absolus donne de l’argent pour la consommation et l’épargne. Le RDB est donc une grandeur macroéconomique qui correspond à la somme des revenus disponibles de tous les ménages résidant en Guinée, elle vaut plusieurs centaines de milliards de FG. Cette grandeur évolue comme les éléments qui la composent. Elle tient compte fortement de l’évolution des revenus pour ceux qui sont déclarés, c’est à dire principalement les revenus salariaux et mobiliers et immobiliers. Les autorités Guinéennes ne font pas donc un travail en profondeur, elles sont en cause car c’est la politique gouvernementale qui fixe les règles de calcul, et bien entendu elle définit un tout masquant ainsi la réalité du pouvoir d’achat. Elle doit tout de même montrer, chiffres à l’appui, le pouvoir d’achat des pauvres.

Cependant, l’impôt a une fonction de redistribution plus affirmée. Ce rôle s’est même accru depuis 20 ans en Guinée avec le déplafonnement des cotisations sociales. On voit que les produits alimentaires ont une incidence moins importante que le transport. Il serait souhaitable de définir le RDB (revenu disponible brut) par tranches de population comme sont les tranches d’imposition.

Pour finir, le ressenti sur le pouvoir d’achat est indissociable des situations personnelles, des origines du revenu, de la diversité des situations familiales et des parcours professionnels. En ce sens, chacun a du mal à se reconnaître dans la mesure moyenne du pouvoir d’achat. Toutefois l’impôt n’est pas le moyen d’agir sur tout, par exemple, si l’on veut augmenter le pouvoir d’achat, mieux vaut augmenter les salaires. Par ce denier moyen, on fait payer à la collectivité ce que l’on ne fait plus payer aux patrons. La mondialisation obligerait à moins taxer les revenus de l’épargne que ceux du travail, parce que les capitaux sont plus mobiles. L’écart de taxation capital et travail est beaucoup plus faible en Guinée.

Dr MAMADOU ALIOU BAH, Inspecteur Principal des Impôts