L’ONG Action Mines Guinée a organisé, du 10 au 11 décembre 2025 à Conakry, un atelier national de partage consacré à l’espace civique et à la participation de la société civile dans le cadre de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE).
La rencontre a réuni une trentaine d’acteurs de la société civile, membres du Comité de pilotage de l’ITIE, ainsi que d’autres parties prenantes. Les échanges ont porté sur les manquements observés dans la mise en œuvre de l’ITIE au sein du Groupe multipartite, mais aussi sur les restrictions qui affectent la participation effective de la société civile guinéenne, dans un contexte national marqué par des tensions autour de l’espace civique.
Cette activité s’inscrit dans le cadre du projet « Liberté de participation et transparence : protéger l’espace civique pour une meilleure gouvernance minière », mis en œuvre par Action Mines Guinée. À travers ce projet, l’ONG entend consolider le rôle de veille et de plaidoyer de la société civile, tout en favorisant une gouvernance plus transparente, inclusive et responsable des ressources minières en Guinée.
Durant deux jours, les participants ont croisé leurs expériences, partagé leurs constats de terrain et formulé des recommandations stratégiques visant à améliorer l’implication citoyenne et l’efficacité du suivi du secteur extractif.
Pour Mamadou Oury Bah, responsable suivi-évaluation d’Action Mines Guinée et porteur du projet, cet atelier répondait à un besoin urgent de dialogue structuré entre les différentes composantes de la société civile, souvent cloisonnées dans le processus ITIE.
« L’objectif principal était de réunir les acteurs de la société civile membres du Comité de pilotage de l’ITIE et ceux qui n’y siègent pas, afin d’échanger sur les manquements liés à la mise en œuvre de l’ITIE au sein du Groupe multipartite et d’analyser l’impact des restrictions sur la participation de la société civile. Il s’agissait ensuite de formuler des recommandations stratégiques et des actions prioritaires pour améliorer notre intervention dans le processus ITIE et, plus largement, la gouvernance des ressources naturelles en Guinée. »

Selon le responsable du projet, les restrictions de l’espace civique constituent aujourd’hui un obstacle majeur à l’efficacité et à la crédibilité du mécanisme ITIE, qui repose pourtant sur la participation équilibrée de toutes les parties prenantes.
« Depuis un certain temps, on observe en Guinée une restriction de l’espace civique qui se ressent particulièrement au niveau de la société civile représentée au Comité de pilotage de l’ITIE. Les représentants n’ont pas toujours la liberté totale d’exprimer clairement les positions et les préoccupations des organisations qu’ils représentent, ce qui limite leur capacité à contribuer pleinement à l’amélioration du processus. »
À cette contrainte s’ajoute, selon lui, un manque de communication interne qui fragilise la cohésion et la légitimité de la société civile dans le processus ITIE : « Il n’existe pratiquement pas de mécanisme de retour entre les représentants de la société civile au Comité de pilotage et les autres organisations. Or, ces dernières devraient être informées de ce qui se passe au sein de l’ITIE afin de contribuer à la vulgarisation du processus et à son amélioration. »
L’atelier a également permis de revisiter les fondements techniques et normatifs du processus ITIE en Guinée, afin de renforcer la compréhension commune des règles du jeu : « Pendant ces deux jours, nous avons analysé la mise en œuvre de l’ITIE en Guinée : les conditions d’adhésion du pays, les rapports produits jusque-là et leurs insuffisances. Nous avons aussi étudié en profondeur la norme ITIE, qui constitue le référentiel fondamental de l’initiative. Une attention particulière a été accordée à l’exigence 1.3, relative à la participation de la société civile au Comité de pilotage, qui garantit notre droit à contribuer à la transparence du secteur extractif. »
Mamadou Oury Bah se montre prudemment optimiste quant aux retombées de cette initiative, qu’il considère comme un point de départ vers une meilleure structuration de la société civile.

« Cet atelier a été un véritable déclencheur. Pendant longtemps, il y avait un manque de communication entre les représentants de la société civile au Comité de pilotage et les autres organisations. Aujourd’hui, le dialogue est renoué. Les participants ont mieux compris nos préoccupations, notamment notre volonté de contribuer à l’amélioration de la gouvernance et d’instaurer une redevabilité effective. »
À l’issue des travaux, plusieurs recommandations opérationnelles ont été formulées, avec l’ambition de dépasser le simple cadre du diagnostic, selon le responsable du projet.
« Nous avons recensé l’ensemble des manquements et proposé des recommandations qui seront consolidées en interne. Un plan d’action sera élaboré et présenté lors d’un atelier de plaidoyer réunissant l’ensemble des parties prenantes : société civile, médias, entreprises minières, partenaires techniques et financiers, ainsi que les autorités publiques. L’objectif est que chacun s’approprie ces recommandations pour améliorer durablement la gouvernance du secteur extractif en Guinée. »
Parlant de l’importance de l’adhésion de la Guinée à l’ITIE, Mamadou Bah rappelle que l’Organisation constitue un outil stratégique de redevabilité et de développement durable, au-delà de la simple publication de données.
« L’ITIE est une norme internationale de bonne gouvernance. Elle permet de retracer toute la chaîne de valeur des industries extractives, de l’octroi des permis à l’exploitation, au transport, à la commercialisation, jusqu’à l’utilisation des revenus et aux impacts environnementaux. La norme 2023 intègre davantage les questions liées au changement climatique, à la protection de l’environnement et au genre, ce qui renforce notre engagement en faveur de la reddition des comptes et du développement durable. »


Il faut rappeler qu’à travers cet atelier, l’ONG Action Mines Guinée réaffirme sa volonté de redonner toute la place que mérite à la société civile guinéenne dans le processus ITIE, convaincue que sans un espace civique libre, structuré et inclusif, la transparence et la bonne gouvernance du secteur minier en Guinée resteront fragiles et inachevées.
Guineeminesnature.com










