L’Union européenne revient sur ses ambitions environnementales et climatiques au nom de la compétitivité. Le Pacte vert européen, adopté il y a cinq ans, n’a aujourd’hui plus grand-chose à voir avec sa mouture initiale. Dernier exemple en date, la lutte contre la déforestation. Elle était au cœur d’un règlement extrêmement important et strict, aujourd’hui vidé de sa substance.
La loi contre la déforestation, présentée par l’exécutif européen en décembre 2019, était l’un des dispositifs du Pacte vert pour atteindre la neutralité climatique en Europe à l’horizon 2050. Adoptée en 2023, elle devait interdire la commercialisation en Europe de produits comme le café, le cacao, le soja, ou encore l’huile de palme, provenant de terres déboisées, et imposer aux importateurs une traçabilité totale.
Ce texte avait tout de suite eu beaucoup d’opposants, car ce sont les pays partenaires eux-mêmes qui doivent apporter la preuve de la durabilité de leurs exportations. Levée de bouclier immédiate des géants de l’agrobusiness, et de nombreux États africains, asiatiques, sud américains qui ont obtenu une première victoire l’an dernier avec le report de son application. Ce devait être le 31 décembre 2024, ce sera finalement un an plus tard. Seuls les plus susceptibles d’alimenter la déforestation seront classés en noir et feront donc l’objet de contrôles plus stricts.
Un recul pour les ONG environnementales
Dans un communiqué publié jeudi 22 mai, la Commission européenne a estimé que seuls quatre pays étaient à risque élevé d’alimenter la déforestation et feraient ainsi l’objet de contrôles plus stricts : la Russie, la Biélorussie, la Birmanie et la Corée du Nord. On aurait voulu tuer le texte qu’on ne s’y serait pas pris autrement. « On se retrouve avec quatre pays avec lesquels nous commerçons peu, voire pas du tout, qui se retrouvent à risques et les autres considérés comme un risque standard. Donc on nivelle par le bas la législation et surtout on nivelle toute l’ambition qu’elle porte. L’ambition de cette loi, c’est de parvenir à réduire la déforestation importée, à réduire les pressions que nous exerçons par notre consommation de café, de soja, de bœuf sur la déforestation. Et là, on se retrouve avec une loi qui est tout à fait inopérante. Elle n’a plus de loi contre la déforestation que le nom », réagit Jean Burkard, responsable de plaidoyer au WWF.
L’Union européenne, deuxième importateur mondial de produits liés à la déforestation
Pour avoir une idée des ordres de grandeur, on estime qu’un cinquième de la déforestation causée par le commerce mondiale est imputable à l’Union européenne. C’est environ 3 000 km² chaque année pour répondre à la demande des consommateurs et des entreprises des 27.
Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, 420 millions d’hectares de forêts ont été détruits à cause de la déforestation entre 1990 et 2020.
Avec RFI










