Les morsures de serpent constituent une préoccupation majeure de santé publique dans la préfecture de Kindia. Face aux difficultés d’accès aux sérums antivenimeux, dont le coût élevé empêche certaines victimes de bénéficier rapidement des soins nécessaires, l’Institut de recherche en biologie appliquée de Guinée (IRBAG) appelle à une mobilisation pour sauver des vies.

Le directeur général de l’institution, le Professeur Mohamed Sahar Traoré, a mis en lumière les enjeux liés à la recherche scientifique, à la production de traitements et à la prise en charge des personnes victimes d’envenimation.

Selon lui, la Guinée dispose d’un potentiel scientifique important pour développer des solutions thérapeutiques contre les morsures de serpent, compte tenu de la diversité des espèces présentes sur son territoire, dont certaines sont très venimeuses. Les agriculteurs et les éleveurs figurent parmi les populations les plus exposées à ces accidents.

« À l’aube de l’indépendance, l’IRBAG était une institution phare qui produisait des vaccins vendus au-delà de nos frontières. Cette institution possède un potentiel particulier qui la distingue. La Guinée abrite presque toutes les espèces de serpents, dont les plus venimeuses. On rencontre beaucoup de conflits entre les hommes et les serpents, avec de nombreuses morsures touchant les couches les plus vulnérables, notamment les agriculteurs et les éleveurs », a expliqué le Professeur Mohamed Sahar Traoré.

 

Il estime que l’institution pourrait jouer un rôle majeur dans la lutte contre les envenimations, à condition de bénéficier d’un accompagnement adapté des autorités.

« La Guinée aurait pu offrir au monde un arsenal thérapeutique pour lutter contre les morsures de serpent à travers cette institution. Nous demandons aux autorités d’accompagner nos particularités afin de permettre à notre pays de rayonner davantage à l’échelle internationale », a-t-il plaidé.

Au-delà des enjeux scientifiques, le coût des sérums antivenimeux demeure l’une des principales difficultés rencontrées dans la prise en charge des victimes au centre de l’IRBAG. Le directeur général précise que l’institution ne cherche pas à réaliser de bénéfices sur ces produits et ne facture pas les soins dispensés.

« C’est un service que nous rendons à la communauté. Nous avons un centre qui accueille les personnes mordues par des serpents. C’est vrai que le sérum antivenimeux coûte naturellement très cher. Nous garantissons que l’institution ne réalise aucun intérêt dans le cadre de cette prise en charge. Nous revendons les sérums au prix d’achat et nous ne faisons pas payer les soins. Notre souhait serait que ce sérum soit accessible à toute la population », a-t-il souligné.

Selon le Professeur Mohamed Sahar Traoré, une dose de sérum antivenimeux coûte entre 70 et 80 dollars américains à l’approvisionnement. Or, la prise en charge d’une seule victime peut nécessiter six flacons, voire huit dans certains cas. Le coût des produits peut ainsi atteindre plusieurs centaines de dollars, une somme difficilement supportable pour de nombreuses familles.

« Beaucoup de personnes qui arrivent ne peuvent pas payer 100 000 francs guinéens. C’est ce qui entraîne une importante saignée financière pour l’institution. Pour qu’une dose de sérum antivenimeux arrive chez nous, il faut 70 ou 80 dollars. Pour sauver quelqu’un, il faut parfois six flacons. Vous multipliez 70 à 80 dollars par six ; parfois, il en faut huit », a-t-il précisé.

Cette situation fragilise les capacités de prise en charge de l’IRBAG et expose les victimes les plus démunies à des retards de traitement, alors que la rapidité d’intervention peut être déterminante pour leur survie.

Face à cette situation, le directeur général de l’IRBAG lance un appel aux autorités, aux fondations, aux partenaires au développement et à toutes les personnes de bonne volonté afin de soutenir l’acquisition de sérums antivenimeux.

« Les envenimations par morsure de serpent constituent un problème de santé publique négligé. Nous lançons un appel à toutes les personnes de bonne volonté et aux fondations pour aider l’IRBAG à acheter des sérums antivenimeux, afin de rendre les soins liés aux morsures de serpent en partie gratuits », a-t-il déclaré.

Faute de moyens financiers, certaines victimes peinent à obtenir les doses nécessaires à leur traitement. D’autres, selon les constats rapportés par l’institution, décèdent avant même de pouvoir atteindre le centre de prise en charge.

À Kindia, la lutte contre les envenimations nécessite une mobilisation concertée des autorités sanitaires, des chercheurs, des partenaires techniques et financiers ainsi que des organisations philanthropiques. Au-delà du renforcement des capacités de recherche de l’IRBAG, l’enjeu est de rendre les sérums antivenimeux plus accessibles et de réduire les décès qui pourraient être évités grâce à une prise en charge rapide et adaptée.

De Kindia, Ibrahima Sory Traoré, pour Guineeminesnature.com