Depuis plusieurs années, le secteur minier guinéen attire de nombreux investisseurs étrangers, séduits par l’énorme potentiel du pays en ressources naturelles. Mais qui finance réellement ces projets ? Comment ces fonds sont-ils utilisés ? Quels bénéfices en tirent les populations locales ? Et comment les entreprises guinéennes accèdent-elles aux contrats de sous-traitance avec les multinationales, conformément au Code minier guinéen?

Pour répondre à ces questions, la rédaction de Guineeminesnature.com a rencontré Monsieur Mohamed Camara, économiste, consultant associé et gérant du cabinet Mocam Consulting. Dans cet article, découvrez son analyse sur les mécanismes de financement du secteur minier et leurs implications pour l’économie guinéenne.

Guineeminesnature.com : Bonjour M. Camara !

M. Camara : Bonjour !

Guineeminesnature.com : Aujourd’hui, la Guinée attire de nombreux investisseurs étrangers dans le secteur minier. Comment ces entreprises financent-elles leurs projets ?

M. Camara : Vous savez, le secteur minier en Guinée est encadré par un cadre légal et institutionnel, notamment le Code minier et ses textes d’application. Avant d’installer un projet, les promoteurs doivent fournir certains documents, dont une étude de faisabilité bancable qui identifie les sources de financement nécessaires au projet. Sans ce bouclage financier, il est impossible d’obtenir une concession ou un permis d’exploitation. Vous savez, le financement des projets repose souvent sur des montages financiers complexes, réalisés en partenariat avec des banques ou des sociétés spécialisées. En Guinée, le marché financier n’est pas suffisamment développé pour répondre aux besoins du secteur minier. La majeure partie du financement provient donc de l’étranger. Toutefois, certaines opérations courantes, comme le paiement des salaires ou des impôts, peuvent être gérées par des banques locales.

Guineeminesnature.com : Comment les entreprises locales accèdent-elles aux contrats de sous-traitance avec les sociétés minières ?

M. Camara : En Guinée, un dispositif formel a été mis en place : la Bourse de Sous-Traitance et de Partenariat (BSTP). Cette plateforme permet aux entreprises minières de publier leurs appels d’offres, auxquels les entreprises locales peuvent soumissionner. Si une entreprise guinéenne est retenue, un contrat est signé, précisant les modalités de financement. Les sociétés minières opérant en Guinée sont tenues d’avoir un compte bancaire local, ce qui facilite le paiement des sous-traitants. Ces derniers peuvent également utiliser leurs contrats comme garantie auprès des banques locales pour obtenir un préfinancement. En effet, dans le secteur minier, les paiements sont souvent différés (J+60, J+90 voire J+120), obligeant les sous-traitants à trouver des solutions de financement intermédiaires.

Guineeminesnature.com : Le financement des multinationales ne vient donc pas directement de la Guinée ? Comment ces entreprises obtiennent-elles des fonds ?

M. Camara : Non, ces entreprises recherchent leur financement à l’international. Prenons l’exemple de la SMB qui a investi environ 3,5 milliards de dollars, ou du projet Simandou, estimé à 8 à 10 milliards de dollars. Ce sont des montants considérables que la Guinée ne peut pas mobiliser seule. Les grandes banques utilisent souvent des financements par syndication, où plusieurs institutions financières s’associent pour répartir le risque. Le coût du prêt pour un pays comme la Guinée est plus élevé en raison du risque de crédit. Les entreprises minières se financent également via des fonds d’investissement et des fonds de pension, qui placent des capitaux sur des projets à long terme. Une partie des fonds est directement investie dans des équipements importés, comme les rails pour les infrastructures minières. Toutefois, une fraction des investissements est injectée localement, notamment pour la logistique et la sous-traitance guinéenne. Dans le secteur minier, il existe deux grandes catégories de financement : Le CAPEX (Capital Expenditure) pour les investissements initiaux (infrastructures, équipements, etc.). L’OPEX (Operational Expenditure) pour le fonctionnement courant de l’entreprise.

Guineeminesnature.com : À quel moment une entreprise commence-t-elle à rembourser ses financements ?

M. Camara : Le remboursement débute après le lancement de la production et la vente du minerai. Cela peut prendre plusieurs années avant qu’un projet devienne rentable. Au départ, l’entreprise investit massivement, mais au fil du temps, les ventes permettent de rembourser les dettes et de financer les opérations courantes.

Guineeminesnature.com : Les investissements étrangers ont-ils un réel impact sur les populations locales ?

M. Camara : Oui, ces investissements sont classés comme des Investissements Directs Étrangers (IDE), qui jouent un rôle crucial dans l’économie nationale. Ils contribuent à augmenter le PIB, à créer des emplois, c’est à dire les projets miniers génèrent des opportunités pour les travailleurs locaux, notamment dans la construction d’infrastructures, la maintenance et la logistique. Le transfert des compétences et des technologies, la formation des ouvriers, des techniciens et des ingénieurs guinéens. Ils permettent aussi d’accroître les revenus fiscaux, notamment les impôts, taxes et redevances versés par les entreprises minières pour renforcer le budget de l’État. C’est d’ailleurs pour ces raisons qu’actuellement la plupart des pays adoptent des politiques favorisant l’investissement étranger. Il représente un levier essentiel pour le développement économique, l’amélioration du capital humain et le transfert de savoir-faire.

Guineeminesnature.com : Merci M. Camara !

M. Camara : C’est moi qui vous remercie.

Entretien réalisé par Sylla Youn, pour Guineeminesnature.com