Une session de formation s’est tenue le samedi 29 novembre dans un réceptif hôtelier de Conakry dans le cadre des 16 jours d’activisme contre les violences faites aux femmes et aux filles. La rencontre a été organisée par le Réseau des médias africains pour la promotion de la santé et de l’environnement (REMAPSEN), en partenariat avec ONU Femmes et le Centre guinéen de formation et d’éducation pour le développement (CEGUIFED).

L’atelier a réuni une vingtaine de journalistes composés de membres du REMAPSEN, ainsi que des reporters et animateurs spécialisés dans les questions de santé et de l’environnement des médias publics et privés de Conakry.

A l’ouverture de la cérémonie, le coordonnateur national du REMAPSEN, Moussa Iboun Conté, a rappelé l’importance pour les journalistes de maîtriser le traitement médiatique des violences basées sur le genre. Il a aussi insisté sur l’approche attendue des professionnels des médias sur cette question communautaire.

Moussa Iboun Conté, coordonnateur national du REMAPSEN (Guinée)

« Vous savez, les violences basées sur le genre sont un sujet crucial qui exige professionnalisme et rigueur, parce que très sensible. Si vous avez remarqué, ce rendez-vous de Remapsen s’inscrit dans cette trajectoire, car nous avons pris la dimension du problème. C’est pourquoi nous avons fait appel à des compétences pointues pour exposer dessus. Ce que nous demandons aux journalistes, c’est de traiter ce sujet sous l’angle de l’intérêt humain, d’éviter un ton stigmatisant et de sensibiliser les pouvoirs publics ainsi que les leaders communautaires aux enjeux liés au VBG facilitées par les nouvelles technologies. Il est extrêmement important que les journalistes produisent des informations, reportages et émissions bien vérifiés et professionnels. »

Après avoir félicité et remercié les partenaires techniques et financiers, la représentante de l’ONU Femmes, Dr Dieynaba N’dao, en séjour de travail en Guinée, a salué l’initiative et rappelé l’engagement de son institution aux côtés des acteurs médiatiques dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Elle a ensuite souligné les nouveaux défis liés à l’essor du numérique.

« C’est un réel plaisir d’être parmi vous aujourd’hui dans le cadre des 16 jours d’activisme de lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles, dont le thème de cette année est centré sur la lutte contre la violence facilitée par le numérique. ONU Femmes, dans sa mission pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes, a trouvé au REMAPSEN un partenaire important. Je profite de l’occasion pour adresser mes remerciements à Monsieur Bamba, président du REMAPSEN, un collaborateur très actif qui travaille beaucoup pour la santé et l’environnement au niveau de notre sous-région. Nous savons tous que le numérique est en pleine expansion et accessible jusque dans les zones les plus reculées. Mais cette expansion va de pair avec l’augmentation de la violence, avec une utilisation du numérique pour continuer à opprimer les femmes et restreindre leur liberté. C’est un appel à l’action pour lutter contre ces violences facilitées par le numérique. »

Dr Dieynaba N’dao, Représentante ONU Femmes

Par ailleurs, elle a insisté sur le rôle stratégique des professionnels des médias dans la lutte contre les violences numériques : « La capacité des journalistes permet d’avoir de bonnes informations, de bons messages, et de mettre à l’échelle notre travail. Car toute communication sur les femmes et les filles doit intégrer une approche genre. Nous lançons également un appel en faveur d’un meilleur accès des femmes à la justice, car beaucoup de victimes rencontrent d’importants obstacles pour faire valoir leurs droits. »

Intervenant au nom du Centre guinéen de formation et d’éducation pour le développement (CEGUIFED), Fodé Camara, coordinateur de projet, a mis l’accent sur la pertinence de la thématique abordée. Il a souligné les attentes placées en les journalistes à l’issue de l’atelier.

Fodé Camara, coordinateur de projet (CEGUIFED).

« Aujourd’hui, nous avons échangé sur une thématique d’actualité qui touche toutes les catégories de personnes : les violences basées sur le genre. Notre centre a exposé sur les différentes formes de VBG, les abus sexuels, le harcèlement et l’exploitation sexuelle. Aujourd’hui, les journalistes ont été outillés pour être les porte-parole des communautés, puisque ils sont la voix des sans-voix. Et nous aussi, en tant qu’ONG, avons un rôle à jouer pour faire passer les messages auprès des communautés à travers nos relais. »

Au nom des journalistes bénéficiaires, Aïssatou 2 Sow, reporter et animatrice à la Radio nationale, a salué la qualité de la formation. Elle a également relevé un aspect souvent passé sous silence dans les médias.

Aïssatou 2 Sow, bénéficiaire

« Nous avons été outillés sur ce que nous devons faire, ce que nous devons éviter, et sur les lois qui protègent les survivantes de VBG. Au sortir de cette rencontre, nous allons mettre ces connaissances en pratique dans nos rédactions. Il faut reconnaître que nous, femmes journalistes, subissons beaucoup d’harcèlement en milieu professionnel. Il y a aussi des hommes qui subissent ce type d’harcèlement. Il est temps de dénoncer ces pratiques à tous les niveaux et de responsabiliser chacun, surtout au cours de ces 16 jours d’activisme. »

Présidant la rencontre, le représentant du ministère de l’information et de la Communication, Mohamed François Camara, a rappelé que les « 16 jours d’activisme » visent à briser le silence autour des violences faites aux femmes et aux enfants, appelant les médias à s’engager davantage.

Il a souligné que la Guinée reste fortement touchée, avec des taux de violences allant jusqu’à 88 % selon les régions. Face à cette situation alarmante, le service du genre du ministère réaffirme son engagement pour une politique de tolérance zéro contre toute forme de violence, d’abus ou de harcèlement.

Mohamed François Camara, représentant du ministère de l’information et de la Communication

Il faut rappeler que cette session de formation vient rappeler le rôle essentiel des médias dans la prévention et la lutte contre les violences basées sur le genre, notamment celles amplifiées par le numérique. En renforçant les capacités des journalistes, REMAPSEN, ONU Femmes et le CEGUIFED misent sur une meilleure qualité de l’information, un traitement plus sensible aux réalités du genre et une plus grande mobilisation des communautés. Un engagement qui, au-delà des 16 jours d’activisme, devra se poursuivre pour garantir la protection et la dignité des femmes et des filles partout en Guinée.

Younoussa SYLLA, pour Guineeminesnature.com