Les 6 et 7 novembre derniers, notre rédaction a parcouru les installations de Rio Tinto-Simfer, situées à Beyla au cœur de la Guinée forestière. Dans cette région montagneuse où s’élève l’un des plus grands projets miniers du monde, le chantier avance à un rythme spectaculaire. Formation des jeunes, technologies industrielles, travaux d’infrastructures gigantesques, préservation de la biodiversité… Voici le récit d’une immersion rare dans un projet qui redessine profondément l’avenir économique de la Guinée.
Notre visite débute dans un centre de formation moderne où Rio Tinto Simfer prépare déjà les techniciens qui travailleront sur le projet. Ateliers équipés, outils de dernière génération, formateurs expérimentés : l’environnement incarne la volonté de l’entreprise de bâtir une main-d’œuvre locale qualifiée.
Dans l’atelier de maintenance des équipements fixes, se trouve Mamadi Cissoko qui encadre 18 apprenants dont trois femmes : « Ici, nous avons quatre filières : électricité industrielle, maintenance des équipements fixes, maintenance des équipements mobiles et soudure industrielle. (…) On fait la réparation des composants, on fait aussi le dépannage des équipements industriels. »

Plus loin, les étincelles illuminent l’atelier de soudure. Mamoudou Douno, formateur-évaluateur, avec plus de 30 ans d’expérience, explique : « Mon rôle, c’est de créer un module et de le dispenser de façon théorique et pratique. (…) Je dois conduire 17 apprenants de la première année à la troisième année. »
Dans l’atelier des engins mobiles, entouré d’engins lourds, Zoho Moriba Loua supervise la formation de vingt jeunes. Les défis sont nombreux, mais d’après lui, il s’en sort très bien : « Nous avons 38 modules à dispenser. (…) L’avantage ici, c’est qu’on a beaucoup d’équipements mis à disposition par Rio Tinto pour la pratique après les phases théoriques. »
Ces initiatives montrent que Rio Tinto Simfer ne se contente pas d’exploiter le minerai. L’entreprise investit aussi dans la formation et la professionnalisation de la jeunesse guinéenne.
Sur les autres sites visités, la démesure du chantier saute immédiatement aux yeux : pistes ouvertes à flanc de montagne, convois d’engins, ouvrages d’ingénierie, villages de travailleurs… tout avance à une vitesse impressionnante.
Alpha Ibrahima Dramé, directeur du site Beyla-Kérouané, décrit l’étendue des travaux déjà réalisés : « Nous avons fini la ligne principale et le train a déjà bougé. (…) Nous avons construit des centaines de ponceaux, cinq grands ponts de chemin de fer, un tunnel de 1 km, un pont de 500 mètres vers Beyla. La ligne principale fait 72 km. »

Chaque structure, du plus petit ponceau aux tunnels traversant la montagne, répond à des normes internationales strictes. À l’approche de l’hivernage prochain, l’objectif est clair : sécuriser définitivement la boucle ferroviaire interne.
Pour saisir la dimension de Simandou, il faut se souvenir de son passé. À l’époque de l’exploration, accéder aux montagnes paraissait presque impossible. Sidiki Koné, directeur des contractants, revient sur ces moments :
« Le problème de logistique était très crucial. Il fallait utiliser l’hélicoptère pour venir sur la montagne. Tous les équipements: machines de forage, logistique, camping, ont été transportés par hélicoptère. »

Notre équipe a également découvert une pépinière étonnante, dédiée à la conservation des espèces menacées. Sékou Soumaoro, surintendant biodiversité, explique : « Sur les 1400 espèces identifiées après les études d’impact environnemental et social, 42 sont menacées ou en voie de disparition. Certaines ont un intérêt socio-économique, d’autres des vertus médicinales. »

Selon lui, ces plantes, soigneusement entretenues, seront réintroduites dans leurs habitats naturels lorsque les phases actives du chantier seront achevées.
L’une des plus importantes étapes de notre visite se déroule dans la zone de concassage et de stockage, où des montagnes de minerai sont déjà prêtes à être expédiées. Mike Castel, directeur de projet, indique : « C’est du minerai avec 65 % de teneur en fer. Nous avons actuellement 1,5 million de tonnes prêtes à être envoyées sur le marché. »

D’après lui, même si les infrastructures permanentes ne seront finalisées qu’en 2026, le train circule déjà jusqu’au port de Moribaya.
Il faut rappeler que ces journées de visite ne laissent place à aucun doute que le projet Simandou avance, se structure et transforme profondément le pays.
De la formation des jeunes, à la réalisation d’infrastructures massives, en passant par le transferts de compétences, des travaux d’exploration hors norme, efforts environnementaux sérieux, nous estimons sans doute que les blocs 3 et 4 de Simandou représentent aujourd’hui un modèle de mégaprojet industriel jamais réalisé dans le monde.



De retour de Beyla
Younoussa SYLLA
Pour Guineeminesnature.com










